Les producteurs de cacao de Côte d'Ivoire font face à une forte chute des prix, mais ce recul pourrait stimuler les ambitions de transformation locale du chocolat.
Baisse du prix du cacao, inquiétudes en vue
Le 1er septembre, le festival du cacao de Côte d'Ivoire à Abidjan se déroulait dans une atmosphère morose, reflet de la récente baisse du prix garanti aux producteurs de cacao. Le ministre de l'Agriculture, Bruno Koné, a annoncé un prix de 1 200 FCFA le kilogramme pour la campagne 2026-2027, en forte baisse par rapport aux 2 800 FCFA de l'année précédente.Chute des revenus des producteurs
La diminution du prix garanti a entraîné une forte baisse du revenu unitaire des producteurs de cacao, qui a été divisé par 2,3 en seulement douze mois. Le gouvernement attribue cette évolution à la volatilité des marchés et aux ventes anticipées effectuées par le Conseil du café-cacao.Contexte historique du prix
Le gouvernement souligne que le nouveau prix est le troisième le plus élevé de l'histoire du pays, ce qui permet de le replacer dans une certaine perspective. Toutefois, le prix précédemment plus élevé était essentiel pour que les producteurs puissent acheter les intrants nécessaires et obtenir des crédits de campagne.Contrebande et pressions du marché
La baisse du prix suscite déjà des craintes de contrebande vers les pays voisins, à mesure que l'écart de prix se creuse. Cette situation met en lumière la fragilité des conditions actuelles du marché et le risque de commerce illégal.Fluctuations du marché et impact climatique
La flambée des prix du cacao en 2024 résultait d'une combinaison de problèmes climatiques et sanitaires, notamment la sécheresse, la maladie du swollen shoot et le vieillissement des vergers, qui ont réduit l'offre. Les prix ont ensuite baissé jusqu'au printemps 2026, avant de remonter légèrement en raison de la menace d'El Niño.Le rôle mondial de la Côte d'Ivoire
La Côte d'Ivoire, qui fournit environ 40 % du cacao mondial, fait face à des défis communs aux pays dépendant d'un seul produit d'exportation. Les récentes baisses de prix ont mis en évidence la vulnérabilité d'une dépendance forte à un seul produit d'exportation.Inégalités au sein de la chaîne de valeur
Selon une étude de la FAO, les pays producteurs comme la Côte d'Ivoire ne captent qu'environ 18,6 % de la valeur totale du chocolat et moins de 7,5 % des bénéfices. La majeure partie de la valeur revient aux marques et aux distributeurs, ce qui désavantage les producteurs de cacao.Capacité de transformation et croissance de l'industrie
Malgré la baisse des prix, la capacité de transformation du pays a fortement augmenté. Au cours de la campagne 2025-2026, environ 650 000 tonnes de fèves ont été transformées, soit près de 30 % de la récolte. Des entreprises comme Barry Callebaut étendent leurs activités à Abidjan, et la capacité de transformation locale devrait atteindre 1,34 million de tonnes pendant cette campagne.Ambitions industrielles et défis
Le Plan national de développement vise une transformation locale de 50 % d'ici 2030. Toutefois, l'écart entre la capacité de transformation actuelle et la production reste considérable. Par ailleurs, la maladie du swollen shoot et El Niño menacent l'approvisionnement en matières premières des usines.Passer de l'agriculture au commerce
Le passage du cacao brut au chocolat fini exige plus que la simple transformation : il suppose une maîtrise des recettes, du stockage à froid et de la commercialisation de marques. Ce changement, de l'agriculture vers le commerce, constitue un défi complexe pour la Côte d'Ivoire, qui cherche à bâtir une économie plus diversifiée.