Le Yémen reste fragmenté dix ans après la chute de Saleh, entre tensions nord-sud et pouvoir houthi, qui façonnent un avenir morcelé.
Les divisions historiques du Yémen refont surface
Le Yémen, plongé dans la tourmente depuis la chute de son dirigeant de longue date, Ali Abdallah Saleh, en 2012, reste profondément divisé. Le conflit, qui a débuté en 2015 avec une coalition menée par l'Arabie saoudite contre les rebelles houthis, a ravivé de vieilles tensions entre le nord et le sud du pays. Ces divisions, enracinées dans l'histoire et la géographie, se sont accentuées à mesure que les structures de pouvoir s'effondraient et que les rivalités régionales s'intensifiaient.Les racines historiques de la fracture nord-sud
Le nord du Yémen, centré autour de la capitale Sanaa, a longtemps été dominé par les traditions religieuses chiites zaïdites et par un système politique centralisé. Le sud, avec son grand port d'Aden, a en revanche une histoire plus urbaine et maritime, façonnée par la domination coloniale britannique et par un bref régime marxiste. Ces différences ont créé un sentiment d'identité régionale persistant, le sud se sentant souvent éclipsé par l'influence politique et religieuse du nord.L'ascension des houthis et un gouvernement fragmenté
Depuis la prise de Sanaa en 2014, le groupe houthi, également connu sous le nom d'Ansar Allah, consolide son pouvoir dans le nord, créant une région de facto autonome. Pendant ce temps, le gouvernement reconnu par la communauté internationale, connu sous le nom de Conseil présidentiel, demeure faible et fragmenté. Le sud, de son côté, s'efforce de réaffirmer son identité, le Conseil de transition du Sud (STS) s'imposant comme un acteur clé qui recherche une plus grande autonomie, voire l'indépendance.Les ambitions du sud et le soutien régional
Le sud tente de renforcer sa position en sécurisant les ressources pétrolières, en contrôlant les routes commerciales et en résistant à des groupes comme Al-Qaïda dans la péninsule arabique. Le STS, soutenu par les Émirats arabes unis, a réclamé davantage d'indépendance, allant jusqu'à lancer des offensives militaires en 2025. Toutefois, des divisions internes et la perte d'un soutien régional clé ont affaibli le mouvement sud-yéménite, qui s'est désormais davantage tourné vers des luttes de pouvoir locales pour le contrôle d'Aden et de l'est riche en pétrole.L'avenir incertain du Yémen
Malgré les efforts visant à créer un système fédéral capable d'apaiser les tensions, le pays demeure en proie à la fragmentation. Les houthis dans le nord et les séparatistes du sud, affaiblis, sont engagés dans une lutte pour le contrôle du territoire, sans perspective claire de réunification ni d'indépendance complète. Des puissances régionales comme l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis continuent d'exercer leur influence, mais le manque de confiance entre les dirigeants du nord et du sud, combiné au bastion houthi du nord-ouest, laisse penser que le Yémen restera divisé pour un avenir prévisible.