Dans deux arrêtés successifs publiés les 1er et 2 octobre, le préfet du Bas-Rhin en France a interdit les rassemblements à proximité de plusieurs lycées à Strasbourg et dans le Bas-Rhin jusqu’au mardi 6 octobre. Ces restrictions ont été contestées par plusieurs organisations, dont la Ligue des droits de l’Homme, Alternative étudiante Strasbourg, la Fédération des syndicats étudiants, le Conseil national des barreaux et le Syndicat des huissiers de justice. Elles ont déposé un recours en référé devant le tribunal administratif de Strasbourg les 2 et 5 octobre, demandant l’annulation des arrêtés. Le soir du mardi 5 octobre, le tribunal a décidé de suspendre l’arrêté du 2 octobre, qui prolongeait les restrictions du premier arrêté. Ce dernier étant déjà arrivé à échéance, l’arrêté du 2 octobre se retrouvait sans effet. Les avocats représentant les organisations ont fait valoir que les restrictions étaient trop floues et risquaient de conduire à des placements en garde à vue d’étudiants ainsi qu’à leur inscription dans un fichier judiciaire. Ils ont décrit la situation comme faisant partie d’une répression plus large d’un mouvement étudiant national, qu’ils qualifient d’« disproportionnée » et marquée par « des violences policières » et « des arrestations en chaîne ». Ils ont également souligné que certains des lycées concernés se situaient à proximité de l’itinéraire prévu pour une manifestation étudiante prévue le mardi 6 octobre à 14 heures. Lors de l’audience, le cabinet du préfet a fait valoir que l’itinéraire de la manifestation avait été officiellement déclaré, de sorte que les abords des lycées ne devaient pas faire l’objet de restrictions de rassemblement. Cependant, le juge en charge de l’affaire a rappelé que le droit de manifester est une liberté fondamentale en France. Selon lui, les restrictions de rassemblement ne peuvent être imposées qu’en dernier recours, en cas de risque avéré de trouble à l’ordre public. Le préfet n’a fourni qu’un communiqué de presse général de son cabinet ainsi que trois articles de presse pour étayer l’existence d’un tel risque. Le juge a également critiqué le manque de clarté de l’arrêté, qui visait « toutes les personnes à proximité des lycées », une définition qu’il a jugée trop vague. Il a estimé que l’arrêté portait atteinte aux libertés fondamentales de manifestation et d’expression et a ordonné sa suspension. Cette décision met en lumière les tensions entre les impératifs de sécurité publique et la protection des libertés civiles en France.