En Nouvelle-Calédonie, les troubles psychiques au travail sont souvent traités comme des accidents, et le burn-out, maladie professionnelle, rarement reconnu, malgré la hausse du stress et des conflits.
Les troubles psychiques souvent refusés en tant qu'accidents du travail
Les troubles psychiques liés au travail sont fréquemment déclarés à la Cafat comme « accidents du travail », mais beaucoup sont rejetés parce qu'ils devraient être classés en « maladies professionnelles », selon des informations de presse. Les données de la Cafat montrent qu'un nombre important de demandes adressées à la caisse de sécurité sociale ne donnent lieu à aucune prise en charge.Les taux de refus évoluent au fil des années
En 2025, 37 demandes ont été rejetées, contre 33 accidents reconnus avec arrêt de travail, tandis qu'en 2023, 38 ont été rejetées, 63 en 2021, 59 en 2019 et 46 en 2018. Le motif de refus est que ces cas ne remplissent pas les critères d'un accident du travail, lequel suppose un événement soudain et inattendu, accompagné d'une lésion physique constatée par un médecin. Ainsi, le choc subi par une réceptionniste après des insultes d'un client violent ne correspond pas à cette définition.Les maladies professionnelles peinent à être reconnues
Le burn-out et le harcèlement moral sont considérés comme des maladies professionnelles, qui se développent progressivement en raison d'une exposition prolongée. Pourtant, en Nouvelle-Calédonie, le taux de reconnaissance des maladies professionnelles psychiques est de 0 %, aucun cas n'ayant été recensé en 2023 et en 2024, selon Olivier Marion, responsable de la section prévention des risques professionnels à la Cafat. Il qualifie ce résultat d'anormal depuis des décennies.Des règles strictes encadrent la reconnaissance des troubles psychiques
La reconnaissance des troubles psychiques en tant que maladies professionnelles obéit à des règles strictes. Il n'existe actuellement aucune liste de maladies professionnelles correspondant aux risques psychosociaux ; il faut donc établir une « incapacité permanente partielle » supérieure à 25 %. Cette condition est réputée remplie lorsqu'au moins deux des quatre critères suivants sont réunis : une tentative de suicide ou une hospitalisation en psychiatrie ; un traitement antidépresseur de plus d'un mois ; un épisode durant plus de six mois ; des troubles importants de la concentration, une absence de projets ou une dévalorisation de soi.Des enquêtes et des évaluations médicales sont nécessaires
Une enquête appelée « vérification de la matérialité des faits » est ensuite menée par la Cafat, à l'aide de questionnaires et d'entretiens avec les deux parties. Le comité territorial de reconnaissance des maladies professionnelles, composé de médecins, doit alors se prononcer sur la prise en charge, avec l'expertise du contrôle médical, de la médecine du travail et d'un psychiatre indépendant. Un recours est possible, mais la procédure administrative est longue.Les symptômes psychiques augmentent chez les salariés
Les professionnels paramédicaux signalent une hausse du nombre de patients présentant des symptômes tels qu'une oppression thoracique, des maux d'estomac, des insomnies, des grincements de dents et des douleurs dorsales, souvent à la limite de la dépression. Cette tendance s'est accentuée avec la pandémie et les émeutes de 2024. Le profil type des salariés concernés a entre 30 et 50 ans ; les causes identifiées incluent la charge de travail liée au manque de personnel, les conflits entre collègues, la pression exercée par les responsables et la peur de perdre son emploi.Les changements au travail et l'incertitude accroissent le stress
La fermeture d'entreprises, le manque d'emplois et la réorganisation des tâches après le départ de nombreux salariés ont accru la détresse au travail. Troubles du sommeil, anxiété et consommation d'alcool figurent parmi les manifestations de cette souffrance, selon Paul Deligny, psychologue clinicien spécialisé en psychologie du travail. Il note que les émeutes de 2024 ont créé une « bombe à retardement réelle sur le plan psychologique », beaucoup de personnes ayant attendu d'éprouver une souffrance profonde avant de consulter.L'incertitude et la perte d'emploi alimentent l'anxiété
Paul Deligny constate une hausse de l'anxiété, nourrie par l'incertitude sur la sécurité de l'emploi et sur l'avenir de la Nouvelle-Calédonie. Les salariés côtoient souvent des collègues ayant perdu leur emploi, ce qui contribue à un sentiment collectif d'incertitude. S'il ne dispose pas de données sur la consommation d'antidépresseurs et d'anxiolytiques, il relève une progression des troubles du sommeil causés par l'inquiétude, entraînant des problèmes d'attention et de mémoire, ainsi qu'un risque accru d'accidents et de somnolence.Le stress et la consommation d'alcool progressent
Il observe également une hausse de l'addiction à l'alcool, avec davantage d'employeurs signalant des tests d'alcoolémie positifs, la croyance répandue en Nouvelle-Calédonie voulant que l'alcool soulage le stress. Les pompiers, les policiers et les aidants sont particulièrement touchés par la détresse professionnelle, confrontés souvent à des conflits de valeurs avec le public. Les employeurs et les responsables sont eux aussi concernés, en particulier dans les petites entreprises, où les relations personnelles avec les salariés compliquent les licenciements.La détresse au travail se manifeste par divers symptômes
Les signes de détresse professionnelle comprennent des difficultés de concentration, de l'anxiété, une perte de motivation, des migraines et des douleurs physiques. Les salariés peuvent aussi éprouver des crises de larmes, de l'agressivité ou de l'irritabilité, et se trouver dans un état d'épuisement profond sans en avoir conscience. Les entreprises recherchent de plus en plus un soutien psychologique, certaines organisant des groupes de discussion pour aborder le stress lié au travail et empêcher que des conflits extérieurs n'affectent le lieu de travail.La culture du travail s'adapte aux nouveaux défis
Paul Deligny note que les ateliers de médiation se sont multipliés, les commentaires politiques et les plaisanteries entre collègues n'étant plus acceptés comme auparavant. Les employeurs s'attachent également davantage à gérer le stress et l'incertitude de leurs salariés.