À Méroé, au Soudan, les pyramides antiques témoignent du royaume de Kouch, une civilisation rivale de l'Égypte qui a laissé un riche héritage artistique et culturel.
Les pyramides antiques du Soudan
Quelque part dans le Soudan actuel, des pyramides s'élancent vers le ciel. Elles se dressent sur le site de l'ancienne cité de Méroé, aujourd'hui inscrite sur la Liste du patrimoine mondial de l'UNESCO. Capitale du Royaume de Kouch, centre d'une civilisation puissante dont la culture a prospéré pendant des siècles, Méroé a laissé une architecture souveraine et des œuvres d'art qui témoignent, de façon indélébile, de la grandeur des rois et des reines nubiens.L'influence nubienne sur l'Égypte
Enfouie dans les sables du désert, sur les rives du Nil, la civilisation nubienne a façonné le destin de l'Égypte à partir du VIIIe siècle avant notre ère. Elle est même devenue la 25e dynastie égyptienne durant la Basse Époque. Après leur chute, les pharaons nubiens se sont retirés au sud de l'Égypte pour former le Royaume de Kouch, qui allait prospérer dans un isolement splendide, alors que le reste de l'Égypte subissait les assauts répétés des Assyriens, des Perses et des Grecs.L'héritage culturel unique de Méroé
Grâce à l'isolement de Méroé, les Kouchites ont réussi à préserver leur indépendance jusqu'au milieu du IVe siècle de notre ère, et ont pratiqué librement leur interprétation personnelle de la culture et de la religion égyptiennes. Les Méroïtes avaient accès à des mines et à leur minerai, et étaient d'exceptionnels orfèvres. Ils ont bâti des temples, des palais et des bains royaux dans leur capitale. Les 200 pyramides érigées à Méroé constituent peut-être leur plus grande réalisation (le Soudan compte en effet davantage de pyramides que l'Égypte entière). Hautes, élancées, gracieuses, ces monuments témoignent de la splendeur intacte de l'ancien Royaume de Kouch.Découvertes archéologiques à Méroé
De 1980 à 1998, l'archéologue suisse Charles Bonnet a fouillé ces terres situées sur les rives du Nil. Il y a découvert les traces d'une civilisation qui s'est enrichie grâce au commerce et a connu l'abondance grâce à ses champs et à son bétail. En fait, il s'agissait d'un royaume distinct de l'Égypte, doté de sa propre culture matérielle et de ses propres traditions. La puissance de cette civilisation s'est affirmée avec le déclin du Moyen Empire égyptien, vers 1785 avant notre ère. Vers 1500 avant notre ère, l'empire nubien s'étendait grosso modo de Ouadi Halfa, au nord, jusqu'à Méroé, au sud.L'essor de la 25e dynastie
Centrée sur Napata, sa première capitale, la dynastie nubienne a continué de prospérer sur les plans militaire et économique tout au long du IXe siècle avant notre ère. Vers 730 avant notre ère, le roi de Nubie, Piankhi, envahit et conquit l'Égypte. Il contrôlait désormais toute la vallée du Nil. Piankhi devint le premier souverain de la 25e dynastie égyptienne (vers 770-656 avant notre ère), la dynastie des « pharaons noirs ».L'inhumation de Piankhi et son héritage
Piankhi mourut en 715 avant notre ère, après un règne de trente-cinq ans. Bien qu'il soit retourné en Nubie après sa conquête de l'Égypte, il demanda à être enterré à la manière égyptienne, requête que ses sujets honorèrent. Inhumé dans une pyramide, Piankhi fut le premier pharaon à être enterré de cette façon depuis 500 ans.La chute de la 25e dynastie
La 25e dynastie a duré encore cinquante-six ans, et son hégémonie a pris fin dans la tourmente lorsque les Assyriens ont envahi l'Égypte. Les conquérants ont effacé le nom des souverains de la 25e dynastie de tous les monuments égyptiens et détruit leurs statues et leurs stèles, afin que l'histoire oublie leurs noms.Le déplacement de la capitale kouchite
Après la défaite, les Nubiens se sont repliés sur Napata, pour être repoussés plus au sud au début du VIe siècle avant notre ère, lorsque la ville fut pillée par Psammétique II, pharaon de la 26e dynastie. Les Kouchites ont alors fait de Méroé leur nouvelle capitale. Ce choix était judicieux. Les terres entourant Méroé se trouvent non seulement au carrefour stratégique des routes commerciales terrestres africaines et des routes caravanières venant de la mer Rouge, mais sont également fertiles et riches en ressources naturelles (mines de fer et d'or alimentant le développement d'une industrie métallurgique, et surtout de l'orfèvrerie).Les pratiques funéraires kouchites
La culture funéraire des Kouchites résulte d'une synthèse de pratiques culturelles égyptiennes et africaines. Après s'être installés au sud, les rois kouchites ont continué d'être enterrés dans la nécropole de Nouri, près de Napata, autour de laquelle gravitait le culte égyptien du dieu Amon.Méroé comme lieu de sépulture
Ce n'est que plus tard, vers 250 avant notre ère, que Méroé est devenue une nécropole privilégiée. Les inhumations ont eu lieu principalement dans deux zones : un cimetière au sud et un autre au nord. Le cimetière méridional est le plus ancien. Lorsqu'il a atteint sa capacité maximale, les inhumations ont commencé dans le nord. C'est dans la partie septentrionale que se trouvent aujourd'hui les pyramides les mieux conservées de la cité antique. Certaines des tombes les plus impressionnantes s'y dressent. Trente rois (qores), huit reines (candaces) et trois princes y reposent.L'évolution des pyramides de Méroé
Les premières pyramides de Méroé étaient des pyramides à degrés. Selon certains spécialistes, elles étaient peut-être surmontées de cylindres ou de sphères faits de matériaux depuis détruits ou disparus. Les structures apparues plus tard, au IIIe siècle de notre ère, sont plus simples, et leurs faces lisses et abruptes. Malgré l'influence manifeste de l'esthétique égyptienne classique, les pyramides de Méroé sont nettement plus petites et dépourvues, en général, de pyramidion, cette fameuse pierre de faîte pointue. Elles ressemblent d'ailleurs davantage aux pyramides-chapelles de Deir el-Médina, près de Louxor. Ces dernières ont été construites sous le Nouvel Empire (1539-1075 avant notre ère), une période où de nombreuses coutumes égyptiennes commencèrent à apparaître dans la culture kouchite.Techniques de construction des pyramides de Méroé
Les pierres étaient mises en place à l'aide d'un chadouf, un levier servant à soulever les blocs de pierre. La façade extérieure était constituée de briques, puis recouverte d'un enduit réfléchissant.Aménagement intérieur des pyramides
À l'est de chaque pyramide, des marches étaient taillées dans la roche menant à une entrée scellée. Au-delà du seuil, on découvrait des salles souterraines voûtées : les rois y avaient droit à trois, les reines à deux. Dans les pyramides les plus anciennes, la chambre funéraire était décorée de scènes tirées du Livre des morts des anciens Égyptiens. Un cercueil en bois représentant le défunt y était déposé, ainsi que les dépouilles sacrées d'animaux et même celles de serviteurs.Caractéristiques distinctives des chapelles de Méroé
Sur l'un des côtés d'une pyramide méroïtique ordinaire se trouvait une chapelle dont l'entrée était formée de deux pylônes jumeaux et élancés. Il était courant d'y placer une stèle, une table d'offrandes et un élément distinctif de la culture méroïtique : une statue du ba (la partie de l'âme qui confère au défunt sa individualité), représentée sous la forme d'un oiseau à tête humaine.Les conflits entre Kouch et Rome
Le Royaume de Kouch a prospéré pendant des siècles. Mais avec la mort de Cléopâtre, en 30 avant notre ère, les choses ont changé. L'Égypte devint une province de l'Empire romain naissant, ce qui mit à mal la fragile trêve conclue avec Rome. Des révoltes fiscales en Haute-Égypte entraînèrent des incursions romaines sur le territoire kouchite, et leurs lucratives mines d'or se trouvèrent menacées.La reine Amanirenas et le conflit avec Rome
Les forces méroïtiques, menées par leur redoutable reine Amanirenas, attaquèrent les soldats romains à Syène (Assouan), à la frontière sud du monde romain. Dans sa Géographie, Strabon la désigne comme la Candace borgne, « une femme qui ressemble à un homme [...] ayant perdu un œil ». Cette chef de guerre mémorable fut finalement repoussée jusqu'à Méroé, mais à partir de ce moment, la civilisation méroïtique serait restée relativement à l'abri des troubles.L'abandon et le pillage de Méroé
Méroé fut abandonnée au IVe siècle de notre ère. Pendant des siècles, des rumeurs circulèrent au sujet de ses monuments et de l'or qu'ils renfermeraient prétendument. Ces rumeurs finirent par parvenir aux oreilles du chercheur de trésors Giuseppe Ferlini. En 1834, il atteignit Méroé et commença à piller ses tombes.Le destin des objets de Méroé
Encore aujourd'hui, les archéologues déplorent les dégâts qu'il a causés. Toutefois, les quelques objets raffinés rapportés en Europe ont éveillé les savants à cette culture énigmatique qui avait adopté les traditions de l'Égypte pharaonique.