Le Royaume-Uni envisage d’imposer des droits de douane sur les véhicules électriques chinois, une décision qui semble davantage influencée par les évolutions en Europe que par un changement majeur dans sa relation avec la Chine. Depuis des années, le Royaume-Uni s’est montré plus ouvert aux constructeurs automobiles chinois que l’Union européenne. Cependant, l’essor rapide de marques comme BYD, Jaecoo et Leapmotor a modifié la donne. Alors que l’UE prépare de nouvelles réglementations, les règles Made in Europe, le Royaume-Uni doit choisir entre maintenir sa politique commerciale ouverte envers la Chine et préserver sa place dans le secteur automobile européen. Il y a quelques années, l’approche du Royaume-Uni envers les voitures chinoises était simple : elles offraient des prix et des caractéristiques compétitifs. Contrairement à l’UE, qui a imposé des droits de douane supplémentaires sur les importations chinoises, le Royaume-Uni ne l’a pas fait. Mais la situation s’est complexifiée avec la montée en puissance des constructeurs chinois sur le marché britannique. En septembre, la Jaecoo 7 est devenue la voiture neuve la plus vendue au Royaume-Uni, avec 10 813 unités écoulées, devançant la Tesla Model 3 et la Ford Puma. Les données du marché montrent que les marques chinoises représentent désormais environ 16 % des ventes de voitures neuves au Royaume-Uni. Les immatriculations de véhicules électriques ont progressé de 36 % en glissement annuel en septembre, représentant 28,3 % de toutes les immatriculations ce mois-là. Cette croissance a fait du Royaume-Uni un marché attractif pour les entreprises chinoises, avec des marques comme BYD, Jaecoo et Leapmotor qui y prennent une place croissante. Les consommateurs britanniques sont de plus en plus séduits par ces nouveaux concurrents, attirés par leurs prix agressifs, leur équipement généreux et leurs options de financement avantageuses. La question des voitures chinoises est étroitement liée à un défi plus large pour l’industrie automobile britannique. La Commission européenne a proposé en mars 2026 l’Industrial Accelerator Act, visant à soutenir les produits fabriqués en Europe sur les marchés publics et les programmes d’aide, notamment dans les secteurs de l’automobile, de l’acier, de l’aluminium et des technologies bas carbone. Pour le Royaume-Uni, le défi est clair : bien qu’il ne fasse plus partie de l’UE, son industrie automobile reste profondément intégrée au continent. Les voitures assemblées en Europe utilisent souvent des composants britanniques, et les usines du Royaume-Uni exportent une grande partie de leur production vers l’Europe. Les fournisseurs des deux côtés de la Manche collaborent depuis longtemps avec les mêmes constructeurs. Selon une étude de la Society of Motor Manufacturers and Traders, l’industrie automobile britannique génère environ 24 milliards d’euros d’activité économique dans l’UE et emploie 250 000 personnes dans l’ensemble de l’Union. Les échanges commerciaux annuels entre le Royaume-Uni et l’UE dans ce secteur s’élèvent à environ 80 milliards d’euros. Compte tenu de ces liens étroits, il est difficile de considérer le Brexit comme une rupture totale avec les marchés européens. Londres souhaite être perçu comme un partenaire fiable dans les futurs programmes européens, mais Bruxelles attend du Royaume-Uni qu’il s’aligne davantage sur l’Union, notamment sur les politiques commerciales concernant les véhicules électriques chinois. La différence de position entre le Royaume-Uni et l’UE sur ce sujet pourrait offrir une opportunité aux voitures chinoises pour pénétrer le marché européen. Si les véhicules chinois peuvent entrer au Royaume-Uni avec des taxes plus faibles avant d’être revendus en Europe, Bruxelles a de bonnes raisons de s’inquiéter. Bien que le Royaume-Uni puisse maintenir son marché ouvert aux voitures chinoises, il risque de compliquer l’accès de ses propres constructeurs aux futurs programmes européens.