Le rapport met en lumière les dépenses logicielles

Dans un rapport de près de 100 pages, la Cour des comptes a examiné les dépenses de l'État liées à ses outils bureautiques et de collaboration. Le rapport suggère qu'une économie de 30 à 65 millions d'euros par an pourrait être possible si l'utilisation de logiciels libres était plus systématique.

Les dépenses prévues de l'État en logiciels

La Cour estime qu'en 2025, l'État aurait consacré 100 millions d'euros à l'équipement de ses opérateurs et ministères en outils bureautiques. Ce montant se répartit en 13 millions d'euros pour les équipes informatiques, 26 millions d'euros en prestations de services et 61 millions d'euros consacrés aux licences.

Les principaux fournisseurs de logiciels

Cette somme irait essentiellement à Microsoft, mais aussi à Bleu, une coentreprise d'Orange et de Capgemini, qui héberge les outils de Microsoft sur un cloud souverain. Le rapport souligne que, si les montants actuels de ces dépenses sont minimes par rapport au budget numérique total de l'État, qui s'élève à 5,5 milliards d'euros, ils ont augmenté de 50 % entre 2021 et 2025, principalement en raison du coût des licences logicielles.

L'utilisation des logiciels Microsoft

La Cour des comptes déplore le recours massif à la suite bureautique Microsoft Office dans les différents ministères, alors qu'ils étaient historiquement libres de choisir leurs outils. Cette utilisation généralisée est également contraire aux exigences de souveraineté numérique, mais elle a été provisoirement autorisée par la Première ministre.

Comparaison des coûts et réussite des logiciels libres

Alors que la suite Microsoft coûte entre 150 et 200 euros par an selon la Direction interministérielle du numérique (DINUM), l'alternative libre LibreOffice est gratuite. La Cour des comptes indique que la Direction générale de la Gendarmerie nationale (DGGN) et la Direction générale des Finances publiques (DGFiP) ont entièrement renoncé aux logiciels payants, tout en maintenant un niveau de satisfaction de leur personnel égal à celui des fonctionnaires des autres administrations.

Les difficultés de la transition vers les logiciels libres

La Cour des comptes attribue les difficultés à s'éloigner des logiciels Windows à des habitudes tenaces au sein des ministères. Elle relève également des points de friction, comme certains usages avancés impossibles à reproduire, une interopérabilité limitée qu'assurent les solutions libres, ainsi qu'un manque de temps et de ressources pour former les agents à ces outils.

Le développement des outils libres

Le rapport examine également le développement en cours de La Suite, un ensemble d'outils développés par la DINUM à partir de logiciels libres, qui a été testé par BFM Tech. Cette suite comprend Tchap pour la messagerie instantanée, Visio pour les appels et les webinaires, France Transfert pour l'envoi sécurisé de gros fichiers, Docs pour le traitement de texte, Grist pour les tableurs et la gestion de données, ainsi que Messagerie pour les courriels et Fichiers pour le travail collaboratif.

Les défis du développement de La Suite

Développés par des prestataires indépendants, sur la base de code ouvert, ces outils sont jugés prometteurs par l'institution, qui rappelle la nécessité de veiller aux coûts de développement. Elle souligne également le recours à des prestataires indépendants, coûteux et incompatibles avec le développement et la maintenance à long terme d'une suite logicielle.

Recommandations pour la migration

La Cour recommande donc d'établir une stratégie à moyen terme pour assurer la migration vers les logiciels libres, « au regard de l'impératif de souveraineté numérique et de la contrainte budgétaire ». Les recommandations de la Cour s'articulent autour de plusieurs axes. Tout d'abord, elle souhaite associer les ministères au développement de La Suite, afin que ses logiciels soient aussi proches que possible des besoins de chaque administration.

Objectifs futurs et stratégie

Confier les outils bureautiques aux missions de gouvernance interministérielle de la DINUM pourrait également aider à contourner les résistances au sein des ministères. Ensuite, pour le développement de La Suite, elle recommande de s'associer plus largement à des entreprises numériques expérimentées dans le logiciel libre, plutôt que de s'appuyer uniquement sur des prestataires indépendants en interne. Enfin, elle fixe pour objectif d'engager, dès 2027, une convergence des outils bureautiques et collaboratifs interministériels, et recommande l'élaboration d'un plan de trois à quatre ans pour la stratégie des ministères et des opérateurs, afin de migrer vers les logiciels libres. Ces outils seraient hébergés par l'État ou dans un cloud qualifié SecNumCloud, la qualification en cybersécurité de l'Agence nationale de la sécurité des systèmes d'information (ANSSI).