La dramaturge et metteuse en scène Tünde Deák présente actuellement Woyzeck ou la Vocation, une nouvelle pièce qui réinvente le classique Woyzeck de Georg Büchner. Cette production explore un moment charnière de la vie de Deák, lorsqu’elle a assisté à une représentation de W ou Le Cirque des ouvriers, du groupe hongrois de théâtre Krétakör Színház, à l’institution Sequano-Dionysien de Bobigny, le 29 septembre 2001. L’événement se déroulait lors d’une chaude soirée d’été, en présence de ses parents, peu habitués au théâtre mais liés à la culture hongroise. La mise en scène, signée Árpád Schilling, s’inspirait des œuvres d’Antonin Artaud, Attila József et de Woyzeck de Büchner, une pièce que la mère de Tünde avait étudiée en Allemagne et qu’elle admirait. Deák se souvient s’être sentie d’abord mal à l’aise dans ce cadre théâtral, avec ses velours rouges et la présence de ses parents. Pourtant, elle a rapidement été captivée par la performance, décrivant l’expérience comme « frappée par la foudre ». Ce moment l’a amenée à réfléchir sur la manière dont un tel événement pouvait avoir changé sa vie. Woyzeck ou la Vocation cherche à répondre à cette question en examinant le personnage de Woyzeck, qui, dans les dernières scènes de la pièce de Büchner, sombre dans la folie après avoir tué Marie. Deák commence sa création par la fin de Woyzeck, en faisant de l’acte de féminicide un thème central et en reflétant sa propre jeunesse à travers les personnages de la pièce originale. Cette exploration des racines culturelles et artistiques rappelle les précédents travaux de Deák, Tünde et Ladilom, où elle interrogeait son héritage hongrois et son identité culturelle double. Dans ces pièces, elle privilégie une approche poétique qui soulève des questions et des doutes plutôt que d’apporter des réponses claires. Cependant, les premières représentations de Woyzeck ou la Vocation à La Comédie de Valence, en février 2026, ont révélé quelques difficultés, avec une narration parfois plus dispersée que focalisée. Malgré ces écueils, la production offre une scénographie charmante, notamment dans l’utilisation de passages de Woyzeck. Si le dialogue avec l’œuvre de Büchner manque parfois de dynamisme et de fluidité, la mise en scène révèle une curiosité singulière, en particulier dans la scène des hommes barbus qui encadre le procès de Woyzeck. La pièce met en vedette Lilla Sárosdi, qui avait joué dans la création originale de Schilling, dans le rôle de Woyzeck. La scénographie est signée Marc Lainé et Stephan Zimmerli, la musique par Léopoldine HH, les lumières par Kelig Lebars, la vidéo par Baptiste Klein, le son par Mélodie Souquet, les costumes par Benjamin Moreau et les masques par Judith Dubois. La production intègre également des images d’archives de W ou Le Cirque des ouvriers. La pièce a été présentée pour la première fois en février 2026 à La Comédie de Valence et sera jouée du 1er au 10 octobre 2026 aux Plateaux Sauvages à Paris. Elle est produite par La Comédie de Valence, le CDN Drôme-Ardèche et la Compagnie Intérieur/Boîte, avec des coproductions d’autres compagnies théâtrales. Le texte est publié aux éditions Koïné, et Tünde Deák ainsi que Stephan Zimmerli font partie de l’ensemble artistique de La Comédie de Valence.