Le 30 septembre, le ministère britannique de l’Intérieur a annoncé qu’il cesserait de traiter les nouveaux dossiers dans le cadre du mécanisme de retour migratoire « un pour un », une politique conçue pour décourager les traversées illégales de la Manche en renvoyant des migrants vers la France pour chaque demandeur d’asile arrivant au Royaume-Uni. Instauré en juillet 2025 par le Premier ministre britannique Keir Starmer et le président français Emmanuel Macron comme une réalisation diplomatique majeure, ce mécanisme a été abandonné juste avant sa date de fin initialement prévue. Bien qu’il ait été prolongé en juin 2025 pour permettre des négociations, aucun accord de continuation n’a finalement été trouvé. Des responsables français avaient brièvement évoqué des « modalités de sortie », mais aucun accord formel n’a été conclu. Le mécanisme « un pour un » fonctionnait selon une formule simple : pour chaque migrant renvoyé en France après une traversée en petit bateau, le Royaume-Uni s’engageait à accueillir légalement un demandeur d’asile déjà présent en France. L’objectif était de rendre le voyage moins attractif pour les passeurs en réduisant l’incitation économique à la traversée. Pourtant, les chiffres racontent une autre histoire. Selon le ministère de l’Intérieur, seulement 1 087 personnes ont été renvoyées en France entre août 2025 et la fin juin 2026, tandis que plus de 27 000 migrants ont traversé la Manche durant la même période. Le taux de retour a atteint un pic d’environ 4 %, bien en deçà des 50 retours par semaine initialement escomptés. Ce mécanisme s’est avéré coûteux, la ministre de l’Intérieur Shabana Mahmood estimant à environ 56 000 livres sterling (65 500 euros) le coût de chaque renvoi. Malgré ces dépenses, son impact sur la réduction des traversées est resté minime. Dès le départ, des capacités limitées de rétention ont ralenti le processus, et certains migrants renvoyés en France ont de nouveau tenté la traversée. Pourtant, les arrivées ont diminué de 42 % entre janvier et la fin septembre 2026, avec un peu plus de 19 000 entrées enregistrées au Royaume-Uni. Toutefois, cette baisse est difficile à attribuer uniquement au mécanisme « un pour un », qui n’a permis de renvoyer qu’une personne sur vingt-cinq. Les passeurs ont également adapté leurs stratégies en augmentant les départs depuis la Belgique. Si l’accord n’a pas significativement modifié les flux migratoires, il a servi un objectif politique en démontrant que Paris et Londres pouvaient encore parvenir à des accords. Depuis le traité de Touquet de 2003, la frontière britannique est en effet effective sur la côte d’Opale en France, Londres finançant sa surveillance. Selon des chercheurs de l’université Brunel, le mécanisme « un pour un » était le premier grand accord de retour entre le Royaume-Uni et un pays de l’UE depuis le Brexit. Sa portée était davantage politique que pratique, offrant au gouvernement britannique une réponse à la montée en puissance du parti Reform UK et un geste de bonne volonté envers la France. La politique migratoire s’articule désormais sur deux niveaux : le pragmatique, où les gouvernements peinent à contrôler des flux alimentés par les guerres et les inégalités économiques, et le symbolique, où des accords sont conclus avec des récits politiques forts. Le mécanisme « un pour un » était entièrement symbolique. Sa fin soulève une question plus préoccupante : un accord européen de réadmission serait-il plus efficace, ou ne ferait-il que renforcer les postures diplomatiques ?