Du 1er novembre 2026 au 31 mars 2027, une mesure appelée trêve hivernale sera en vigueur. Ce dispositif suspend temporairement les expulsions locatives, même en cas de décision de justice favorable au propriétaire. Il ne supprime cependant pas les loyers impayés, qui continuent de s’accumuler. Cette situation peut avoir des conséquences financières lourdes pour les bailleurs, privés d’un moyen de pression essentiel pour recouvrer les sommes dues et contraints de faire face à leurs propres charges, comme les impôts ou les traites de crédit. Instaurée par la loi Alur de 2014, la trêve hivernale vise à protéger les locataires pendant la période hivernale, où la recherche d’un nouveau logement est plus difficile. Les locataires restent tenus de régler leurs dettes, mais beaucoup ne le font pas spontanément, ce qui alourdit les impayés. Par exemple, un locataire redevable de 800 euros de loyer mensuel pourrait accumuler jusqu’à 4 165 euros de dettes à l’issue de la trêve, intérêts et pénalités comprises. Pour un propriétaire aux revenus modestes, ce montant peut équivaloir à plusieurs mensualités de crédit. Face à l’absence de revenus locatifs pendant la trêve, certains bailleurs puisent dans leur épargne ou contractent de nouveaux emprunts pour honorer leurs engagements. D’autres renégocient les termes de leur prêt ou se tournent vers d’autres solutions de financement, ce qui peut alourdir leur endettement. Les petits propriétaires, souvent dépendants des loyers pour compléter leur retraite, sont particulièrement exposés. Certains doivent réduire leurs dépenses essentielles pour équilibrer leurs finances durant cette période. À l’issue de la trêve, en avril 2027, les expulsions reprendront, entraînant une hausse des procédures judiciaires. Le nombre de demandes d’expulsion pourrait augmenter de 60 %, et les délais d’exécution pourraient s’allonger. Les frais liés à ces procédures, incluant les honoraires d’avocats, varient entre 3 200 et 4 300 euros. S’y ajoutent les pertes liées aux logements vacants, estimées à environ 9 500 euros au total. Ces coûts sont rarement couverts intégralement par les assurances contre les loyers impayés. Le montant moyen des loyers impayés reste stable, entre 3 800 et 4 200 euros, mais l’inflation de 2,1 % entre octobre 2025 et 2026 a majoré le total des dettes. Pour limiter ces risques, les propriétaires exigent davantage de garanties de la part des locataires ou souscrivent à des assurances contre les impayés, malgré leur coût. Bien qu’aucune extension de la trêve ne soit envisagée pour 2027, la possibilité d’un tel prolongement en cas de crise majeure pourrait encore fragiliser la situation financière des bailleurs.