Ouverture du débat sur la loi au Sénat

Une loi visant à protéger les enfants, élargie après le scandale lié aux services de garde d'enfants en milieu scolaire et la mort de la jeune Lyhanna, sera débattue au Sénat à partir du 27 octobre. Ce texte devait initialement répondre à une crise de la protection de l'enfance, mais son champ s'est élargi en raison des événements récents.

Rejet de changements juridiques majeurs

Les sénateurs de la commission ont rejeté l'idée de rendre les crimes sexuels commis sur des mineurs imprescriptibles, c'est-à-dire qu'ils ne seraient soumis à aucun délai de prescription. Cette décision a été prise par les rapporteures Agnès Canayer et Dominique Vérien, qui ont estimé qu'elle bouleverserait les traditions juridiques françaises. La mesure avait été approuvée par l'Assemblée nationale, mais elle soulevait des questions de constitutionnalité.

Arguments juridiques contre l'imprescriptibilité

Agnès Canayer a expliqué que le système juridique ne pouvait pas être déstabilisé par un tel changement. Elle a souligné la distinction constitutionnelle entre les crimes contre l'humanité et les autres infractions, ces dernières étant considérées comme relevant de la personne plutôt que de la société. Elle a également fait valoir que le système actuel permet de faire entendre la voix des victimes même sans délai de prescription.

Peines revues pour plus de cohérence

Le Sénat a revu la peine applicable aux viols commis en série sur des mineurs. L'Assemblée nationale avait proposé la réclusion criminelle à perpétuité, mais les sénateurs ont jugé cette peine incohérente avec les sanctions existantes pour d'autres crimes graves. Ils ont proposé à la place une peine de trente ans de réclusion pour les viols en série assortis de circonstances aggravantes, afin de préserver une échelle des peines cohérente.

Empêcher le contournement des contrôles

À la suite du scandale des services de garde d'enfants, la loi prévoit des mesures pour empêcher les personnes faisant l'objet d'une enquête de changer d'emploi ou d'échapper aux contrôles. Un nouveau système permettra de suivre les personnes sous surveillance dans l'éducation et la garde d'enfants, avec 4 185 interdictions prononcées rien qu'en 2025. Il vise à garantir que les personnes travaillant avec des mineurs fassent l'objet d'un examen approfondi.

Création d'un registre des sanctions

Un amendement de la sénatrice Agnès Evren crée un registre centralisé des sanctions pour violences sur mineurs. Il vise à lutter contre le « nomadisme » de personnes qui échappent à leurs responsabilités en passant d'un secteur à un autre. Ce registre doit garantir une application cohérente des sanctions.

Simplifier les procédures de protection de l'enfance

La loi vise à réduire la nécessité d'une intervention judiciaire dans les affaires courantes de protection de l'enfance. Elle rétablit un mécanisme permettant aux juges de statuer rapidement sur l'avenir d'un enfant lorsque son retour au domicile familial n'est pas possible. Cette mesure avait été précédemment proposée par la sénatrice Maryse Carrère et figure désormais dans le texte actualisé.

Suppression de dispositions inutiles

Le Sénat a supprimé plusieurs dispositions jugées superflues ou incohérentes avec l'objet de la loi. Parmi elles figurait le « projet pour l'enfant », un document détaillé exigé pour chaque enfant pris en charge. La commission a estimé que des règles trop détaillées pourraient créer des failles juridiques et entraver l'efficacité des enquêtes.

Inquiétudes quant à la portée du texte

La commission des affaires sociales s'est dite déçue par la loi, qu'elle qualifie de « simple texte d'outils » plutôt que de réforme majeure. Elle a mis en avant les difficultés persistantes du secteur de la protection de l'enfance, notamment le manque de personnel et la hausse des cas de violences sur enfants. Plus de 160 000 mineurs sont victimes de violences sexuelles chaque année, selon les dernières données.

Position du gouvernement sur les modifications

Des responsables du gouvernement, dont Gérald Darmanin, ont indiqué qu'ils pourraient revoir certains aspects de la loi adoptée par l'Assemblée nationale. Toutefois, l'exécutif ne s'oppose pas fortement au texte, à l'exception de questions comme l'ordonnance de sûreté et le délai de prescription des crimes sexuels. Le sénateur met en garde contre l'adoption de lois fondées uniquement sur l'urgence ou sur la réaction de l'opinion publique.