La justice française révise les règles relatives aux preuves

L'Assemblée plénière de la Cour de cassation, dans un arrêt de décembre 2023, a modifié des règles anciennes concernant les preuves obtenues à l'insu de la personne concernée. Auparavant, ces preuves étaient écartées des tribunaux par souci d'équité. Désormais, elles peuvent être admises si elles sont indispensables à l'exercice du droit à la preuve et si leur utilisation ne porte pas une atteinte disproportionnée à d'autres droits.

Les réunions du CSE peuvent être enregistrées

Le Code du travail français autorise l'enregistrement des réunions du CSE (Comité social et économique), le procès-verbal étant rédigé par le secrétaire du comité. Employeurs et représentants du personnel peuvent recourir à la sténographie ou à des dispositifs d'enregistrement, mais l'employeur peut s'y opposer s'il invoque la confidentialité. Le comité ne dispose pas d'un droit équivalent pour s'opposer à un enregistrement initié par l'employeur.

La finalité des enregistrements n'est pas claire

La loi ne définit pas clairement les fins pour lesquelles les enregistrements des réunions du CSE peuvent être utilisés. Cette ambiguïté a conduit la Cour de cassation, en 2026, à trancher un litige portant sur le contenu des procès-verbaux de réunion. L'employeur avait commencé à enregistrer les réunions en 2023, affirmant qu'il devait vérifier l'exactitude des retranscriptions et recueillir des éléments de preuve.

La justice limite les finalités des enregistrements

Un juge a statué contre la poursuite des enregistrements par l'employeur, et la chambre sociale de la Cour de cassation a confirmé cette décision. Elle a interprété la loi en ce sens que les enregistrements ne peuvent servir qu'à la préparation des procès-verbaux, qui relève de la seule responsabilité du secrétaire. Le droit de l'employeur à enregistrer était lié à cette finalité précise et ne pouvait être utilisé à d'autres fins.

Les implications au regard de la protection des données

L'enregistrement de discussions impliquant des données personnelles de représentants du personnel requiert une base juridique au titre du RGPD. L'employeur, qui souhaitait utiliser les enregistrements à des fins étrangères à l'établissement des procès-verbaux, ne disposait d'aucune justification juridique valable. Cette absence de base juridique a suffi à qualifier les enregistrements de violation de la législation sur la protection des données.

Les recours de l'employeur restent limités

Bien que la justice ait écarté la collecte préventive de preuves par l'enregistrement des réunions, les employeurs ne sont pas dépourvus de moyens d'action. Ils peuvent demander la correction des procès-verbaux avant leur finalisation ou faire consigner leurs préoccupations lors des réunions suivantes. Cette décision s'applique de la même manière aux membres du comité, les enregistrements ayant uniquement pour objet d'accompagner la rédaction des procès-verbaux, et non de surveiller les participants.