Selon l’ONG Agora Digitale Transformation, 7,3 % des femmes élues dans une assemblée nationale européenne sont ciblées par des deepfakes pornographiques, contre seulement 0,2 % de leurs homologues masculins. Le groupe de réflexion a constaté que les parlementaires européennes féminines courent 33 fois plus de risques de voir leurs images manipulées ou associées à des deepfakes sexistes ou à caractère sexuel que leurs collègues masculins. Cette conclusion s’appuie sur un recensement des élus dont les images ont été utilisées pour générer des deepfakes pornographiques ou y être associées de quelque manière que ce soit. Sur les 5 872 membres des parlements européens, l’ONG a identifié 138 femmes parlementaires victimes de ce type de manipulation d’images. Ces femmes proviennent de 22 des 27 États membres de l’UE. Parmi leurs collègues masculins, qui sont plus de deux fois plus nombreux, seulement neuf sont ciblés par ce type de manipulation. Agora Digitale Transformation a testé les noms de 94,4 % des 6 218 membres des chambres basses (l’Assemblée nationale en France) ou des parlements nationaux, lorsqu’ils ne comportent qu’une seule chambre, dans les 27 États membres de l’UE. Après avoir exclu les sièges vacants, les personnes non binaires et les membres non affiliés à un parti, l’ONG a recherché ces noms sur 160 noms de domaine connus pour héberger des deepfakes pornographiques, des « fuites de célébrités » et d’autres images sexistes ou à caractère sexuel de femmes dans l’espace public. À l’aide de requêtes via l’API de Google, elle a classé les résultats positifs en six catégories : si des images intimes non consenties (IINC) étaient hébergées activement par le site, si un outil de génération d’images était lié aux informations biographiques d’une personne dont le nom était explicitement mentionné, si le résultat contenait des images brutes, ou encore s’il existait des traces de recherches antérieures pour ce type de contenu lié à la personne étudiée. Le principal constat est que les noms de 7,3 % des 1 888 femmes députés testées ont donné des résultats positifs, contre 0,2 % des 3 837 hommes députés. Cela signifie qu’une élue sur quatorze risque de voir son image détournée à des fins sexistes ou sexuelles, contre un homme élu sur cinq cents. Agora Digitale Transformation souligne que les femmes occupant des postes à responsabilité — dirigeantes de parti, membres de cabinets ministériels — sont surreprésentées dans ces manipulations d’images. « Avoir une plus grande visibilité médiatique a un coût pour les femmes que les hommes occupant des postes similaires n’ont pas à payer », indique le groupe de réflexion. Les membres des partis de droite et de gauche sont également légèrement plus exposés que leurs homologues des partis centristes. L’ONG relève aussi l’existence de sites qu’elle qualifie de « portails », proposant du contenu officiel représentant un parlementaire et renvoyant vers des applications dédiées à la génération d’images sexualisées ou nues. Dans son échantillon, elle indique que 61 sites agissent de cette manière, fournissant directement les images initiales pouvant être détournées, tandis que 36 suggèrent de « nudifier » divers parlementaires sans fournir les images de départ. À chaque fois, ces portails fournissent des éléments biographiques pour faciliter la reconnaissance de la personne et de ses comptes sur les réseaux sociaux. Ces portails incluent des représentations sexistes ou à caractère sexuel générées par IA pour trois parlementaires. Ils proposent parfois des « notations » des corps des femmes ciblées. Lors de l’enquête, le site CFake a été suspendu à la suite d’une action conjointe des forces de l’ordre françaises et américaines. En juillet 2026, son administrateur, un informaticien de 47 ans basé à Nice, a été condamné à deux ans de prison avec sursis, une amende de 10 000 euros, la confiscation d’une partie de ses cryptoactifs et le versement de 83 000 euros de dommages et intérêts aux parties civiles. Agora Digitale Transformation a pu, dans certains cas, retrouver plusieurs dizaines d’index de recherche reliant les noms de parlementaires à du contenu supprimé de CFake. Ces résultats apparaissaient toujours dans l’API Google Custom Search plus d’un mois après leur retrait par les autorités. Bien que cela ne signifie pas nécessairement que ces résultats puissent être reproduits simplement via l’interface utilisateur du moteur de recherche, cette découverte fait écho à un récent article d’universitaires, Sarah Morgan, Sophie J. Nightingale et Hany Farid, qui soulignent les dysfonctionnements dans le déréférencement de contenus illégaux par des acteurs comme Google, Cloudflare ou Namecheap. Plutôt que de se limiter à des appels traditionnels pour mettre en place des garde-fous dans les systèmes d’IA afin d’éviter la génération de contenus non consentis et d’étendre l’utilisation de la norme C2PA, qui permet de tracer les contenus, Agora Digitale Transformation exhorte à travailler sur la persistance des index de recherche. Tant que ces index continueront de lier les noms de personnes réelles à des contenus sexistes ou sexuels, même lorsqu’ils sont devenus inaccessibles, ils contribueront à perpétuer les risques réputationnels et les effets psychologiques subis par les victimes. L’ONG appelle également à appliquer les textes existants plutôt qu’à multiplier les législations. Aux Pays-Bas, par exemple, il n’existe pas de lois spécifiques ciblant les deepfakes, mais ils sont poursuivis activement au moyen de textes plus généraux relatifs à la manipulation d’images ou à la protection de la vie privée. La question est d’autant plus importante qu’en divers pays, dont la France, les prochaines élections risquent de multiplier les cas de manipulation des images de personnalités politiques.