Modèle coopératif pour les éleveurs de veaux

Dans la région Pays de la Loire, une trentaine d'éleveurs de veaux de boucherie ont choisi un modèle coopératif avec la Coopérative des éleveurs de Vendée, Anjou, Poitou (Cevap). Cette coopérative se concentre sur l'élevage de veaux croisés au sein de la filière Bleu Blanc Cœur, qui met l'accent sur des normes de production spécifiques. Fondée en 1982, la Cevap représente 10 % de la production régionale de veaux de boucherie, mais seulement 2 % du total national.

Une structure unique sur le marché français

La Cevap est l'une des deux seules coopératives de ce type en France, avec la Coopeva en Bretagne. La coopérative a été créée pour donner aux éleveurs davantage de contrôle sur leur production, de l'élevage des veaux à la commercialisation du produit final. Son président, Pascal Paquier, explique que l'objectif était de garantir aux éleveurs un rôle direct sur le marché, plutôt que de les laisser en position de simples participants passifs.

Autonomie énergétique grâce à l'agroforesterie

Pascal Paquier, éleveur à La Tessoualle, a mis en place l'agroforesterie pour parvenir à l'indépendance énergétique. Il y a environ quinze ans, il a planté 1 000 arbres sur 33 hectares afin de chauffer l'eau destinée à ses 500 veaux. Cela lui permet d'économiser environ 3 000 euros par an, malgré une hausse de 30 % des prix du gaz sur la même période.

Approvisionnement intégré et soutien financier

Dans le modèle de la Cevap, les éleveurs n'achètent pas eux-mêmes les veaux d'élevage, les produits vétérinaires ni l'alimentation. La coopérative gère ces achats et assure une répartition transparente des veaux entre les exploitations, en fonction des besoins du marché. Pour soutenir ce système, la Cevap a créé un service bancaire dans les années 1990, qui accorde des avances de trésorerie aux éleveurs et garantit le rachat des veaux engraissés au prix de revient.

Un modèle plus souple

Cyril Morinière, éleveur à Chaudron-en-Mauges, a rejoint la Cevap il y a deux ans, après plusieurs années passées avec un intégrateur. Il a choisi la coopérative pour sa réactivité et parce que son ancien système, reposant sur des cases de 38 veaux, ne répondait plus aux exigences de l'intégrateur. La Cevap propose une approche plus souple et centrée sur les éleveurs.

Cap sur les marchés de niche et la qualité

La Cevap s'est tournée vers des marchés de niche, en évitant de dépendre des systèmes de cotation traditionnels. La coopérative vend les veaux au prix de revient, en privilégiant la qualité plutôt que le prix. Tous les éleveurs sont certifiés dans la filière Bleu Blanc Cœur, qui exclut les organismes génétiquement modifiés et utilise de l'huile de lin à la place de l'huile de palme. Cette démarche permet une meilleure valorisation, malgré une portée commerciale limitée.

Difficultés et tensions financières

La Cevap a connu des difficultés financières, notamment une forte hausse du coût des matières premières en 2022, en particulier le doublement du prix du lait en poudre. Cela a entraîné un recul du soutien bancaire et a contraint la coopérative à fusionner avec Cavac, une coopérative vendéenne. Cette fusion a permis à la Cevap de résister aux récentes hausses du prix des veaux d'élevage.

Baisse des adhérents et perspectives

La Cevap a vu ses effectifs diminuer, passant de 50 à 32 adhérents en cinq ans, en raison de départs à la retraite et de projets d'expansion au point mort, liés aux effets économiques de la guerre en Ukraine. La coopérative est actuellement à l'équilibre, avec une capacité de production de 20 000 veaux par an. Malgré ces difficultés, certains éleveurs, comme Cyril Morinière, restent attachés à la coopérative et prévoient de moderniser leurs installations.