Le plan d'investissement 2030 de la France fait l'objet d'un examen minutieux en raison de sa lenteur et des difficultés budgétaires, malgré les premiers signes de réussite.
Aperçu du plan d'investissement France 2030
Le plan d'investissement « France 2030 », doté de 54 milliards d'euros et lancé en 2021 par le président Emmanuel Macron, vise à moderniser l'économie grâce à des investissements de grande ampleur dans des secteurs clés, notamment les technologies innovantes et la transition écologique. Cette initiative s'inscrit dans la continuité des programmes d'investissements d'avenir (PIA) lancés depuis 2010 et fait suite au plan de relance post-Covid.Premiers résultats et avis d'experts
Selon le Secrétariat général pour l'investissement, le plan a donné des résultats initiaux prometteurs, avec des « transformations scientifiques, technologiques et industrielles en cours », une « gouvernance innovante » et une « rentabilité macroéconomique confirmée des investissements » (5,4 euros de richesse supplémentaire à long terme pour chaque euro investi). Xavier Jaravel, président du Conseil d'analyse économique (CAE), a déclaré que le plan fonctionne très bien, en permettant à des entreprises innovantes d'accéder à des crédits auxquels elles n'auraient pas eu accès autrement, ce qui augmente leurs ventes, leur masse salariale et les recettes fiscales de l'État.La Cour des comptes appelle à la prudence
La Cour des comptes a toutefois exprimé des réserves, soulignant qu'il est encore difficile de mesurer les effets du plan « France 2030 », le temps écoulé étant insuffisant pour évaluer la mise en œuvre des projets financés. Fin 2025, seuls 642 projets sur environ 7 300 étaient achevés, soit moins de 10 %. La Cour insiste sur la nécessité d'une évaluation solide des effets du plan sur l'innovation et le soutien aux industries, avant de se prononcer sur l'opportunité de prolonger « France 2030 » ou de lancer un nouveau plan.Rapidité de déploiement et préoccupations sur la gouvernance
La Cour salue la rapidité du déploiement de « France 2030 », facilitée par le recours à quatre opérateurs disposant d'une expérience reconnue dans leurs domaines respectifs. En revanche, la gouvernance est jugée complexe et peu ouverte aux parties prenantes, en particulier aux milieux économiques et aux acteurs locaux. Contrairement aux PIA, qui se concentraient sur l'innovation en amont (la recherche), le plan a consacré une part importante de ses fonds au déploiement et à l'industrialisation de technologies, comme la construction d'usines de semi-conducteurs ou de batteries électriques destinées à l'industrie automobile.Absence de hiérarchisation et défis budgétaires
La Cour des comptes relève une « réelle absence de hiérarchisation », au risque de disperser les ressources de l'État. Elle recommande d'identifier à l'avance les innovations, technologies et segments de chaînes de valeur les plus prometteurs au regard des forces scientifiques, industrielles et économiques de la France. Le plan fait face à un « mur d'engagements budgétaires » à financer dans les années à venir. Fin 2025, 33 milliards d'euros de financements avaient été contractualisés, mais seuls 14 milliards d'euros avaient été décaissés. Au moins 19 milliards d'euros restent donc à verser, sans calendrier de décaissement clairement établi.Dépendance aux subventions et répartition inégale des financements
Le recours aux subventions, qui représentent 82 % des fonds engagés par l'État, est jugé nettement plus coûteux pour les finances publiques et peut générer des effets d'aubaine pour certains bénéficiaires. Une enquête menée en 2025 révèle que 53 % des bénéficiaires estiment que leurs projets n'auraient pas pu être réalisés sans le soutien de « France 2030 », ce qui suggère que près de la moitié des projets retenus auraient tout de même vu le jour sans cette aide financière. La mobilisation rapide des fonds a entraîné une forte concentration des montants sur un nombre limité de projets, de bénéficiaires et de thématiques.Flexibilité limitée et abandon de projets
La Cour des comptes met également en garde contre le manque d'agilité du plan « France 2030 » et son incapacité à réaffecter les fonds initialement prévus pour des projets finalement abandonnés vers les priorités les plus récentes, comme l'intelligence artificielle, la cybersécurité, l'espace et les technologies quantiques. Seuls 166 millions d'euros du plan ont été redirigés vers ces nouveaux secteurs stratégiques. Les instances de pilotage se sont montrées réticentes à arrêter formellement des projets : seuls 91 projets retenus ont été abandonnés, soit 1,2 %.