Le projet de distillerie artisanale porté par la famille Isautier, basée à La Réunion, a enfin abouti avec la sortie de son premier rhum agricole, Bérive. Ce projet, évalué à plus de 4 millions d’euros, représente un investissement majeur dans la production d’un spiritueux unique. Le nom Bérive, qui signifie « où souffle le vent » en malgache, reflète l’emplacement de la distillerie dans l’extrême sud de La Réunion, à quelques centaines de mètres d’altitude. Cette zone, connue pour ses vents puissants, revêt une importance particulière pour la famille Isautier, qui est liée à la région depuis plus de cent ans. La production de Bérive commence par la canne à sucre, avec 8,5 hectares des 300 hectares détenus par la famille convertis en agriculture biologique. La variété R577, surnommée « mauve des hauts », est utilisée pour sa teneur élevée en sucre et sa facilité de fermentation. Jérémie Savin, le responsable de l’exploitation, explique que cette variété offre une teneur en sucre allant de 17 à 24 degrés Brix, résiste bien au climat local et contient peu de fibres, ce qui facilite l’extraction des sucres fermentescibles. Une attention particulière a été accordée au processus de fermentation, avec pour objectif d’utiliser uniquement des levures locales, issues de la zone de Bérive. En partenariat avec l’Université de La Réunion, l’équipe a mené 14 campagnes d’échantillonnage sur une grande variété de plantes, dont la canne à sucre, des arbres fruitiers, du bambou et du bois de chandelle. Ce travail a permis d’isoler 2 495 colonies de levures, dont 251 candidates ont été identifiées, et 65 souches finalement sélectionnées. Ces souches servent à la fois à fermenter les sucres et à produire des arômes uniques. Le processus de distillation utilise un alambic Müller, un outil hybride combinant un alambic à colonne et un alambic à reflux, permettant d’obtenir des concentrations d’alcool allant de 65 % à 89 %. Selon les caractéristiques des matières premières, Jérémie Savin et Marie Ferrand, la maître de chai, choisissent différentes méthodes de distillation. Le rhum agricole final est vieilli près d’un an dans des cuves en acier inoxydable pour développer sa complexité. Pour cette première campagne, 3 090 litres d’alcool pur ont été produits, dont 12 % (soit l’équivalent de 1 000 bouteilles) sont réservés au rhum blanc, le reste étant placé dans 10 fûts. Marie Ferrand n’exclut pas la possibilité de commercialiser une partie de ces volumes en rhum ambré à l’avenir, bien que l’accent reste mis sur la production de rhum vieilli. La première cuvée de Bérive est présentée comme une véritable réussite, avec des notes de canne d’une précision remarquable et un profil aromatique mêlant des touches florales, des fruits exotiques et une évocation unique de sous-bois. En bouche, des accents d’agrumes et d’épices accompagnent une belle douceur, avec une texture précise et franche qui persiste longuement. Le design de la bouteille, inspiré d’une ancienne bouteille Isautier de 1870, se distingue par une forme aux épaules arrondies et un relief symbolisant la canne à sucre et le bambou. Une rose des vents sur le bouchon rappelle le décor du sol de la maison, soulignant le lien unique de ce rhum agricole avec son terroir. Le rhum sera disponible en France métropolitaine à partir de mars 2027 au prix de 60 euros.