Les investissements dans l'IA n'ont pas encore généré de gains financiers au-delà des géants de la tech, et le scepticisme quant à leur impact économique grandit.
L'impact économique de l'IA reste en retrait en dehors du secteur technologique
Torsten Slok, économiste en chef d'Apollo Global Management, affirme que l'intelligence artificielle ne s'est pas encore traduite par des gains de productivité mesurables ni par une amélioration des résultats financiers pour la plupart des entreprises hors du secteur technologique. Il souligne que, malgré d'importants investissements et un enthousiasme généralisé autour de l'IA, cette technologie n'a pas généré de bénéfices financiers pour les entreprises américaines hors de l'industrie technologique.La croissance du chiffre d'affaires stagne pour les entreprises non technologiques
Slok écrit que le chiffre d'affaires par employé augmente pour les « Mag 7 », un groupe de sept grandes entreprises technologiques, mais qu'il reste stable pour l'indice S&P 493, qui représente un éventail plus large d'entreprises américaines. Il insiste sur le fait que l'avenir de l'IA dépendra des performances du S&P 493, et non des Mag 7, et que, jusqu'à présent, rien n'indique une amélioration de la croissance du chiffre d'affaires ou des marges bénéficiaires en dehors du secteur technologique.Des dirigeants signalent un manque de gains de productivité
Une étude réalisée en août 2026 auprès de 6 000 dirigeants d'entreprise aux États-Unis, au Royaume-Uni, en Allemagne et en Australie a révélé que 90 % d'entre eux n'avaient pas constaté de gains de productivité liés à l'IA au cours des trois dernières années. Malgré cela, certaines entreprises ont continué à réduire leurs effectifs, en invoquant l'adoption de l'IA comme motif.Les projets d'IA révèlent des coûts cachés
Dans le secteur de l'ingénierie logicielle, la migration du code source de Bun, de Zig vers Rust, réalisée avec l'aide d'un outil d'IA appelé Claude Fable, semblait indiquer un gain de productivité. Toutefois, ce projet a également mis au jour des coûts cachés : le code généré comportait plus de 13 000 blocs non sécurisés, et certains fichiers atteignaient près de 10 000 lignes. Cette situation a donné naissance à un nouvel intitulé de poste : spécialiste du nettoyage du code généré par l'IA.Les investisseurs surveillent de près les dépenses liées à l'IA
Les investisseurs suivent de près les dépenses liées à l'IA et le retour sur investissement, alors que les entreprises augmentent leurs dépenses d'infrastructure. Les projets de Meta Platforms (META) visant à accroître les dépenses d'investissement ont suscité des inquiétudes la semaine dernière, entraînant une baisse du cours de son action et faisant grimper son indicateur de risque de crédit à un niveau record. Les inquiétudes concernant les infrastructures financées par la dette et les valorisations élevées ont également progressé, comme l'illustre le cas de Firmus Grid, une entreprise australienne de centres de données qui a renoncé à son introduction en bourse après que les investisseurs ont rejeté la valorisation de 30 milliards de dollars qu'elle proposait.Les dépenses d'infrastructure liées à l'IA menacées
Gartner estime que plus de 3 500 milliards de dollars de dépenses d'infrastructure liées à l'IA pourraient subir une dépréciation d'ici 2030 si les revenus ne parviennent pas à justifier ces investissements. Elon Musk a mis en garde contre la pression financière croissante pesant sur les entreprises d'infrastructure d'IA, notant que SpaceX a obtenu 40 milliards de dollars de financement par emprunt pour acheter des processeurs graphiques. Il prévoit des faillites généralisées et une consolidation parmi les petites entreprises d'infrastructure d'IA, touchant en particulier les entreprises « neocloud ».Les entreprises financées par le capital-risque dépensent pour les puces d'IA
Slok note que les entreprises financées par le capital-risque dépensent de plus en plus pour les puces d'IA, alors que les entreprises traditionnelles hésitent toujours à payer pour les derniers modèles. Il souligne que, tant que l'IA agentique et les dépenses en jetons (tokens) resteront limitées à une petite partie de l'économie, les effets macroéconomiques de l'IA demeureront très limités. Par ailleurs, l'IA est incapable de comprendre les notions de responsabilité, de compromis éthiques et de confiance, des éléments qui influencent le risque de réputation et, en fin de compte, déterminent la croissance du chiffre d'affaires et les marges bénéficiaires.Le secteur de l'IA fait face aux doutes des investisseurs
Dans ce contexte, les valeurs technologiques liées à l'IA ont reculé pour le deuxième jour consécutif, vendredi 30 octobre 2026, les investisseurs remettant en question la rentabilité future de centaines de milliards de dollars investis dans cette technologie. L'indice S&P 500 a perdu 2,3 %, le Nasdaq Composite 3,5 %, et Intel s'est effondré de 30,7 %, frôlant sa pire journée depuis sa création en 1972. Le cours de l'action de Nvidia, fabricant de puces devenu le symbole de l'enthousiasme pour l'IA, a chuté de 4,9 %. Cette baisse serait le principal facteur du recul du S&P 500, bien plus que celle d'Intel.Les investisseurs exigent la preuve de la valeur de l'IA
Joe Tigay, gestionnaire de portefeuille chez Equity Armor Investments, explique que le secteur de l'IA est entré dans une phase où il doit « faire ses preuves ». Les investisseurs se concentrent désormais davantage sur des résultats tangibles et sur la rentabilité que sur le seul potentiel de l'IA, ce qui traduit un changement dans les attentes et les priorités du marché.