Jean-Baptiste Civit, chef de projet Deeptech chez Bpifrance, et Erwan Cozanet, chercheur associé chez Dealroom, ont présenté le French Deeptech Report 2026 lors d’un événement parisien dédié au financement de l’innovation. Ce rapport analyse l’évolution du capital-risque en France au cours de la dernière décennie, largement portée par l’essor de l’intelligence artificielle et la hausse des levées de fonds. Les auteurs estiment que l’écosystème deeptech français doit désormais adopter une approche « European by design », en raison de la concentration des capitaux et de la pression concurrentielle exercée par les États-Unis. Le Plan Deeptech de Bpifrance, lancé en 2019 dans le cadre de l’initiative France 2030, visait à soutenir la recherche scientifique de pointe avec des applications industrielles concrètes. Civit a souligné que la part du capital-risque allouée au deeptech a plus que doublé, plaçant la France parmi les écosystèmes les plus dynamiques au monde, aux côtés des États-Unis. En 2025, l’écosystème a levé 4,7 milliards d’euros, soit plus de quatre fois les montants enregistrés avant 2019. Le nombre de startups créées chaque année a également plus que doublé, passant de 170 en 2018 à environ 410 en 2025. Cette croissance s’est poursuivie en 2026, avec un total cumulé de 7,3 milliards d’euros levés, le plus haut niveau annuel jamais atteint par la French Tech. L’essor de l’intelligence artificielle a profondément transformé le paysage du deeptech français. Autrefois dominé par les sciences de la vie, comme la biotechnologie et les technologies médicales, le secteur est désormais principalement tiré par l’IA. Cozanet a expliqué que l’IA représentait entre 5 % et 7 % des levées de fonds jusqu’en 2022, mais qu’en 2025 et 2026, elle a attiré plus de financements que l’ensemble des autres secteurs deeptech réunis. Cette mutation a favorisé l’émergence de méga-tours, des levées de fonds dépassant 250 millions de dollars. Ces opérations étaient quasi inexistantes en France avant 2021, mais on en dénombre désormais neuf, portées par des entreprises comme Mistral AI, Poolside et H Company. Paris est ainsi devenue la première ville européenne pour les levées de fonds deeptech en 2025, devançant Londres et Munich. À l’échelle nationale, la France se classe au deuxième rang européen derrière le Royaume-Uni, mais affiche une croissance des levées de fonds de +142 % entre 2020 et 2025, bien supérieure à celle de ses voisins. Toutefois, le rapport met en lumière des inquiétudes concernant la concentration des capitaux. Si les phases avancées de financement, comme les levées de fonds de croissance ou de late-stage, attirent des montants importants, les financements en phase précoce (seed) ont reculé de 40 %. Pour soutenir la création d’entreprises, Bpifrance renforce ses mécanismes d’accompagnement, comme le Deeptech Ticket, et vise à porter les fonds alloués au seed de 500 millions à 1 milliard d’euros. Civit défend l’idée d’un « New Palo Alto », un croissant d’innovation géographique reliant Londres, Amsterdam, Oxford, Cambridge et Paris. Il plaide pour que les startups françaises adoptent une approche « European by design » dès leur création, en utilisant l’anglais lors de leurs réunions de conseil, en recrutant des cofondateurs internationaux et en nouant des partenariats stratégiques transfrontaliers. Cette vision est illustrée par le partenariat de Mistral AI avec ASML. Bien que Paris concentre la moitié de la valeur de l’écosystème (70 milliards d’euros sur un total de 140 milliards), sa croissance repose aussi sur des pôles régionaux spécialisés : Grenoble (semi-conducteurs et énergie), Lyon (sciences de la vie) et Toulouse (aérospatial et défense).