Au début de l’automne, les randonneurs qui arpentent les sentiers du Cotentin, entre les hameaux de granit et les brumes iodées du cap de la Hague, croisent souvent une colline verdoyante, recouverte d’une herbe rase et parfois broutée par quelques moutons. À première vue, rien ne distingue ce tertre des autres reliefs de la région. Pourtant, sous ce paisible pâturage reposent près de 527 000 mètres cubes de déchets radioactifs, hérités d’un quart de siècle d’activité nucléaire française. Les autorités estiment que le site devra être surveillé pendant trois siècles, une durée qui dépasse largement l’espérance de vie de plusieurs générations futures. Le Centre de stockage de la Manche, situé à Digulleville, a reçu entre 1969 et 1994 près de 1 469 265 colis de déchets radioactifs, soit environ 527 225 mètres cubes. Une couverture permanente, installée entre 1991 et 1997, recouvre désormais le site et forme la colline visible aujourd’hui. Entré en phase de surveillance active depuis 2003, le site devra être suivi pendant environ trois siècles, potentiellement jusqu’en 2269. Ce site porte le nom de Centre de stockage de la Manche. Il se trouve dans la commune de Digulleville, à quelques encablures de l’usine de retraitement de La Hague. Il s’agit tout simplement du premier centre français de stockage de déchets radioactifs, mis en service en 1969. Avant que ce site ne soit retenu, les ingénieurs avaient un temps envisagé d’utiliser les dunes de Biville, une propriété militaire voisine. C’est finalement un marais appelé le Haut Marais qui fut choisi pour accueillir cette installation particulière. Le centre s’étend sur environ 15 hectares, mais le cœur du stockage se concentre sur une bande de terrain très précise : 600 mètres de long, 300 mètres de large et 10 mètres de haut. C’est cette structure, désormais recouverte de terre et d’herbe, qui forme la fameuse colline aperçue par les randonneurs. Sous cette couverture végétale reposent environ 1 469 265 colis de déchets, représentant un volume total de 527 225 mètres cubes, selon les données de l’Autorité de sûreté nucléaire. Créé par décret en juin 1969 en tant qu’installation nucléaire de base n° 66, le Centre de stockage de la Manche avait une mission bien précise : accueillir des déchets de faible et moyenne activité à vie courte, c’est-à-dire des déchets dont la radioactivité diminue significativement en moins de 30 ans. Pendant vingt-cinq ans, des camions ont afflué vers Digulleville, déposant des colis principalement issus de la production électronucléaire française, alors en plein essor. Ce ballet logistique s’est poursuivi jusqu’en juillet 1994, date à laquelle le centre a pris en charge les derniers colis. Le site avait alors atteint sa capacité maximale. Il a ensuite fallu près de six ans, entre 1991 et 1997, pour installer une couverture permanente destinée à isoler définitivement les déchets de l’environnement extérieur. C’est cette couche protectrice, composée de matériaux imperméables puis recouverte de terre végétale, qui a donné naissance à la colline que l’on connaît aujourd’hui. Une fois la couverture achevée, le site est entré en phase de surveillance active en janvier 2003. En pratique, cela signifie que des équipes vérifient régulièrement l’étanchéité de la colline, la qualité des eaux souterraines alentour et l’évolution générale de l’installation. Un peu à la manière d’un médecin qui suit un patient sur le très long terme, sans intervention lourde, mais avec une vigilance constante. Sur le plan réglementaire, le Centre de stockage de la Manche reste officiellement en phase de démantèlement jusqu’à la fin de l’installation de cette couverture permanente. Une décision de l’Autorité de sûreté nucléaire doit encore préciser la date exacte de la fermeture définitive du stockage, ainsi que la durée minimale de la phase de surveillance. Selon les estimations actuelles, cette période de suivi devrait durer environ trois siècles, voire théoriquement s’étendre jusqu’en 2269. Cette colline discrète du Cotentin est bien plus qu’un simple accident de relief. Elle incarne les défis posés par la gestion des déchets radioactifs : comment isoler durablement un matériau dangereux tout en préservant, sur des échelles de temps qui dépassent l’entendement humain, la mémoire de ce qui est enfoui sous nos pieds ? Les générations futures hériteront non seulement du site lui-même, mais aussi de la connaissance précise de son contenu et des précautions à prendre. À l’heure où le débat sur l’avenir de l’énergie française reste vif, ce cimetière nucléaire discret, recouvert d’herbe et traversé par quelques moutons, offre un contraste saisissant. Il rappelle que chaque kilowatt-heure produit par la voie nucléaire laisse une trace physique, tangible, qui devra traverser des dizaines de générations avant de pouvoir être considérée comme totalement neutralisée.