Un réacteur nucléaire désaffecté, abandonné depuis 40 ans, fait face à un démantèlement coûteux et complexe au cœur d'une réserve naturelle bretonne.
Un réacteur abandonné en Bretagne
Au cœur des Monts d'Arrée, sous les ciels souvent bas du Finistère, se dresse une structure de béton et d'acier qui n'a pas bougé depuis quarante ans. Le réacteur de Brennilis, arrêté en 1985, attend encore son démantèlement complet.Des coûts de démantèlement bien supérieurs aux estimations initiales
Le coût total du démantèlement du réacteur de Brennilis est estimé à 482 millions d'euros par la Cour des comptes, soit environ vingt fois l'estimation initiale. Ce chiffre illustre la complexité et les difficultés du démantèlement d'une installation nucléaire.Effectifs et calendrier du démantèlement
Une centaine de personnes travaillent actuellement sur le site, et les effectifs devraient dépasser 140 personnes au plus fort de l'activité. La phase finale du démantèlement a débuté en décembre 2024, avec un retour à un site nu prévu pour 2041.Un réacteur unique dans une réserve naturelle
Le Yeun Elez, où se trouve le réacteur de Brennilis, est un bassin tourbeux d'environ 1 500 hectares qui abrite aujourd'hui la réserve naturelle nationale du Venec. Le secteur se caractérise par des zones humides, des tourbières et des brumes persistantes, composant un paysage qui contraste fortement avec la présence d'un réacteur nucléaire.Particularités techniques du réacteur de Brennilis
Officiellement baptisé EL4-D, le réacteur de Brennilis était un prototype électrique de 70 mégawatts, à fonctionnement modéré à l'eau lourde et refroidi au CO2. Cette technologie était unique en France et a fait du réacteur un prototype isolé, sans jumeau.Retards juridiques et procéduraux
Le processus de démantèlement a connu des retards liés à des recours en justice, notamment une décision du Conseil d'État de 2007 qui a annulé un décret de 2006. Un nouveau décret de septembre 2023 a relancé la procédure, et l'Autorité de sûreté nucléaire et de radioprotection a fixé un calendrier de démantèlement en novembre 2025.Les défis du démantèlement
La première étape du démantèlement consiste à découper une douzaine de kilomètres de tuyauterie autour de la cuve du réacteur. Ce travail de précision sera suivi d'une intervention robotisée sur le cœur, fortement irradié, car une intervention humaine directe n'est pas envisageable. Les premières découpes de ces circuits sont attendues à partir de 2026.Contraintes environnementales et juridiques
Le caractère unique du site, combiné aux protections environnementales de la zone humide qui l'entoure, a contribué au coût élevé et à la complexité du démantèlement. La complexité technique du réacteur et l'absence d'expérience standardisée compliquent encore le processus.Le symbole d'un écart de coûts
Brennilis symbolise l'écart entre les coûts annoncés au lancement d'un programme nucléaire et les coûts réels de son démantèlement. Cet écart s'explique en partie par le caractère unique du site, les procédures juridiques et les contraintes environnementales.L'avenir du site
D'ici 2041, si le calendrier est respecté, le paysage autour de Brennilis devrait retrouver son aspect d'origine, sans trace visible du réacteur. Grues et robots continueront d'opérer sur place jusque-là, sous le regard discret des oiseaux de la réserve naturelle du Venec.