L’association Seuil, qui accompagne des jeunes en difficulté par le biais de longues randonnées destinées à leur épanouissement et à leur réinsertion, fait l’objet de critiques de la part d’anciens membres et de salariés. Ceux-ci estiment que les récentes évolutions de la direction ont recentré l’organisation sur la rentabilité et introduit, selon eux, une influence religieuse. Fondée en 2002, cette association vient en aide à des adolescents âgés de 14 à 18 ans, orientés par les services de protection de l’enfance et la justice des mineurs. Au fil des années, le nombre de randonnées organisées a fortement augmenté, passant de 23 en 2022 à 54 en 2025, avec un objectif de 70 randonnées en 2026. Cette croissance rapide soulève des questions sur la sécurité des participants et la qualité de l’accompagnement proposé. Bernard Ollivier, fondateur de l’association, dénonce la nouvelle orientation, qu’il qualifie de « catholique et réactionnaire », et y voit un écart par rapport à la philosophie éducative initiale. D’anciens directeurs et membres expriment leur mécontentement face au manque de transparence de la direction et à une stratégie privilégiant la quantité à la qualité. Ils estiment que l’augmentation du nombre de randonnées a conduit à un recrutement précipité d’accompagnateurs et à une préparation insuffisante des jeunes. Certains accompagnateurs rapportent des incidents de violence et un manque de soutien adéquat lors de moments critiques. Plusieurs anciens accompagnateurs décrivent des situations préoccupantes. En 2024, une randonnée a été interrompue en urgence en raison d’une escalade de violence d’un participant, mais la direction a reproché à l’accompagnateur d’en être responsable. En 2025, un mineur a tenté de se suicider lors d’une randonnée et a été hospitalisé, mais le directeur aurait autorisé le mineur à poursuivre le parcours avant qu’une nouvelle crise n’éclate. Ces témoignages alimentent les inquiétudes quant à la sécurité et au bien-être des participants. L’association suscite également des interrogations en raison de ses liens avec des groupes d’extrême droite et religieux. Yvon Rontard, le directeur actuel, est associé à l’université d’été Acteurs d’avenir, qui accueille des intervenants chrétiens. L’association a sollicité des financements auprès de La Nuit du bien commun, un projet cofondé par le milliardaire Pierre-Édouard Stérin, et a obtenu un soutien renouvelé les années suivantes. Cette source de financement est associée à la promotion d’idéologies d’extrême droite. Par ailleurs, l’organisation a intégré davantage d’éléments religieux, comme l’organisation de randonnées sur le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle ou la participation à des messes de pèlerins. Les critiques y voient une contradiction avec les obligations légales de neutralité de l’association. Face à ces préoccupations, l’Agence de protection de l’enfance (ASE) de Paris a suspendu sa collaboration avec l’association en attendant les résultats des enquêtes. L’agence a évoqué des craintes quant à la capacité de la direction à gérer la croissance rapide de l’organisation et à la possible baisse de qualité du programme éducatif. L’association a rejeté ces accusations et déposé un recours en diffamation, mais la Ville de Paris a reconnu les inquiétudes soulevées.