Forte baisse des prix des veaux

En sept mois, les prix des veaux ont chuté de 27 %, soit une perte moyenne de 500 euros par animal. Cette baisse a surpris les experts de la filière, qui affirment qu'aucune raison claire n'explique une chute aussi brutale.

La logique du marché déjouée

Le marché bovin est l'un des rares à ne pas être soumis à la loi de l'offre et de la demande, selon laquelle lorsqu'un produit devient plus rare, son prix augmente. Si cette logique s'était vérifiée en 2025, portée par la décapitalisation du troupeau laitier, elle s'est soudainement arrêtée, sans qu'aucun facteur fondamental ne l'explique.

Des baisses de prix qui pèsent lourdement sur les éleveurs

À son plus haut, le Salers (R, 300-350 kg) atteignait 4,97 euros le kilo fin mars, contre 3,60 euros aujourd'hui, tandis que les croisés atteignaient 6,36 euros, avant de tomber à 4,57 euros à la mi-octobre. Cela représente une perte moyenne de 500 euros par veau, soit 33 000 euros pour une exploitation de 60 vaches.

Les responsables de la filière remettent en cause les justifications habituelles

Les responsables de la filière ont démonté à plusieurs reprises les arguments avancés sur les marchés aux bestiaux, par les acheteurs et les négociants pour justifier cette spirale baissière. La consommation, censée être freinée par une baisse du pouvoir d'achat et un été caniculaire, n'a reculé que de 1,8 % en France et d'environ 2 % en Europe au premier semestre.

Les chiffres des exportations contredisent les affirmations de ralentissement

Les exportations ralentiraient, les engraisseurs italiens limitant leurs achats faute de maïs : faux, archi-faux, affirme Patrick Bénézit, président de la FNB (Fédération nationale bovine). Du 1er septembre à la mi-octobre, les exportations de bovins vivants sont supérieures de 10 % à celles de la même période en 2025 vers l'Italie et l'Espagne.

Des chiffres d'exportation en forte hausse

Le nombre d'animaux exportés de l'autre côté des Pyrénées progresse en moyenne de 22 % chaque semaine depuis septembre (+33 % la semaine dernière). Quant à l'offre, la disponibilité en veaux est nettement plus faible : entre 70 000 et 100 000 têtes manquent depuis janvier 2026.

Des dirigeants s'interrogent sur le comportement du marché

Conclusion tirée par Jérôme Pitot, président de la section bovine : « La consommation est loin d'être catastrophique, nous n'avons pas importé des masses de viande et nous avons produit moins... » Ce qui, en théorie, garantit des prix solides. L'espoir d'un rebond est apparu la semaine dernière avec une légère fluctuation des cotations, mais les marchés du début de semaine n'ont pas rebondi.

Les coûts et les prix restent sous pression

Ces coûts devraient assurément augmenter. « La filière a fait tout ce qu'il ne fallait pas faire ! » souligne Patrick Bénézit. Il s'agit d'une première « attaque » des abattoirs sur le prix du jeune bovin (JB) en avril, qui s'est en réalité traduite par une pression à la baisse sur le veau. Un veau visé à nouveau deux fois : en juillet puis début septembre.

Le secteur de l'engraissement face à de nouveaux défis

Engraissement : qui parle encore de souveraineté ? Si les éleveurs sont les victimes, le secteur français de l'engraissement est lui aussi fortement touché. « La moitié des veaux restent en France pour être engraissés », rappelle le président de la FNB, qui prédit que le groupe Bigard, dont les sites ont été bloqués en juillet, en paiera la facture à court terme.

Les promesses de souveraineté restent non tenues

Pourtant, en février de l'an dernier, tous les maillons ont signé au Salon de l'agriculture un plan de souveraineté, un engagement, la main sur le cœur, selon lequel « nous ne perdrions plus aucune vache, nous engraisserions en France ». Et le syndicaliste d'ajouter : « Nous avons déjà perdu 1,3 million de vaches en dix ans, le signal donné aujourd'hui par les opérateurs est que nous pourrions très bien en perdre autant à nouveau ! »