Les manifestations en France ont fait des milliers de blessés et deux morts, relançant le débat sur l'usage d'armes de guerre par la police et l'érosion des normes démocratiques.
Bilan des manifestations en France
Environ 12 000 arrestations, 1 000 policiers et gendarmes blessés, des centaines de lycéens blessés, avec des témoignages faisant état de mains et de mâchoires arrachées par des grenades, d'yeux crevés par des tirs à la tête, et deux manifestants morts. Tel est le bilan provisoire d'un mois de mobilisation en France. Des questions se posent sur la manière dont une démocratie protège le droit constitutionnel de manifester.Recours à des équipements de type militaire
Les forces de l'ordre sont dotées d'armes dites « intermédiaires », classées comme « non létales » mais décrites comme des armes de guerre par le sociologue et spécialiste du maintien de l'ordre Sébastian Roché. Il s'agit notamment des LBD, des pistolets à impulsion électrique, des grenades assourdissantes, des gaz lacrymogènes et des grenades de encerclement. Ces armes sont classées en catégorie A2, celle du matériel de guerre.Inquiétudes sur l'usage de ces armes
En théorie, ces munitions ne sont pas mortelles tant qu'elles ne sont pas tirées de manière tendue. Toutefois, des inquiétudes ont été exprimées quant au nombre de balles de défense et de grenades tirées directement sur la tête de manifestants et de lycéens, au risque de mutilations. Les grenades de encerclement sont interdites dans tous les pays européens, et l'usage du LBD par les forces de l'ordre est très encadré, voire totalement interdit, dans la plupart des voisins européens de la France.Problèmes de formation et de recrutement
La formation des policiers fait également l'objet d'un examen critique. Certaines recrues ont obtenu 7/20 à l'examen avant de suivre 12 mois de formation théorique. Pour devenir boulanger, il faut au minimum 10/20 au CAP, et la formation dure trois ans. Les exigences pour manier la farine sont donc plus élevées que celles pour manier des armes de guerre. Les gouvernements successifs ont recruté sans discernement. Depuis 2015, après les vagues d'attentats, le recrutement s'est fait dans la précipitation, la durée de formation et les conditions de recrutement ayant été abaissées.Méconnaissance du droit et manque de préparation
Le constat est clair : ces policiers ne maîtrisent pas le Code de procédure pénale. Après une formation minimale, ils sont déployés dans des rues qu'ils ne connaissent pas, auprès d'une population qu'ils ne connaissent pas, avec des armes dangereuses qu'ils ne maîtrisent pas.Évolution de la doctrine policière
La doctrine du « maintien de l'ordre » en France a considérablement évolué depuis les années 1990. Dans les années 1990, après la mort de Malik Oussekine sous les coups des « voltigeurs », la France a modifié sa doctrine afin d'éviter à tout prix le contact physique avec les manifestants et d'appliquer une stricte proportionnalité dans l'usage de la force. Cette doctrine a toutefois beaucoup changé. À partir de 2005 et de la révolte des banlieues, de nouvelles armes ont été utilisées par la police, comme le lanceur de balles de défense. À partir de 2016 et de la loi travail, la police a systématiquement pratiqué la « nasse », associée aux gaz lacrymogènes. À partir de 2019 et du mouvement des gilets jaunes, les « voltigeurs », désormais appelés Brav-M, sont réapparus, et des véhicules blindés ont été introduits, les Centaure de la gendarmerie. Ces nouvelles pratiques policières inspirent aujourd'hui des pays autoritaires : Hong Kong, Bahreïn, Tunisie, Birmanie, etc.Létalité de la police française et comparaisons internationales
Selon le bilan publié par Basta, la police française est devenue la plus meurtrière d'Europe : trois morts par mois en France entre 2020 et 2022. Au XXe siècle, les polices anglaise et allemande avaient une mauvaise réputation. Aujourd'hui, elles sont citées en exemple. Les forces de l'ordre sont très peu armées. Lors des manifestations, elles sont presque invisibles, postées dans les rues parallèles, prêtes à intervenir de manière ciblée et rapide, sans gaz lacrymogène ni même matraques. L'objectif tient en un mot : « désescalade ».Critiques du modèle français de maintien de l'ordre
La France est passée d'un modèle démocratique à un modèle autoritaire. Ces pratiques sont régulièrement dénoncées par de nombreux organismes nationaux et internationaux, du Défenseur des droits au Conseil de l'Europe, en passant par les experts de l'ONU.