L214, groupe de défense des droits des animaux, conteste les pratiques d'un abattoir corse, entraînant un examen judiciaire du contrôle vétérinaire de l'État et une éventuelle indemnisation.
Affaire de protection animale réexaminée devant le tribunal
Un an après la diffusion, par l'association de protection animale L214, d'images tournées dans l'abattoir de Porto-Vecchio, dénonçant de « graves dysfonctionnements » dans l'abattage des bovins et des ovins, le tribunal administratif de Bastia a examiné mardi deux recours déposés par l'association. Le premier visait à annuler le refus du préfet de Corse-du-Sud de fermer l'établissement, tandis que le second reprochait à l'État de manquer à ses obligations de contrôle vétérinaire.Des images qui suscitent la polémique
L'affaire a commencé à l'été 2025, après la publication par L214 de vidéos tournées en mai et en juillet dans l'abattoir. L'association affirmait que des animaux avaient été « saignés alors qu'ils étaient encore conscients après un étourdissement raté », et décrivait des « mouvements de cisaillement » lors d'abattages rituels. Elle accusait également la Direction départementale de la protection des populations (DDPP) de Corse-du-Sud de complicité et réclamait la fermeture de l'établissement.Le préfet conteste les accusations
Le préfet de Corse-du-Sud a contesté l'interprétation des images faite par l'association, qu'il qualifie de « montage vidéo trompeur ». Il a estimé que les contrôles existants ne justifiaient pas la fermeture de l'abattoir. Une enquête a ensuite été ouverte par la gendarmerie de Porto-Vecchio, portant sur d'éventuelles « graves maltraitances et sévices » envers les animaux. Quelques jours plus tard, le préfet a adressé une mise en demeure officielle et suspendu l'activité de l'établissement.Le tribunal écarte certaines demandes
Lors de l'audience, le rapporteur public a estimé qu'il n'y avait « plus lieu de statuer » sur le recours visant à annuler le refus du préfet de suspendre l'abattoir, la suspension ayant déjà été appliquée. Il a également jugé irrecevables les autres demandes de l'association, relevant que la suspension avait déjà mis fin aux activités d'abattage.Le contrôle vétérinaire sous examen
Le rapporteur s'est penché sur la question de savoir si les services vétérinaires de l'État avaient commis une faute dans leur surveillance de l'établissement. L214 invoquait des violations des règles de protection animale, notamment une immobilisation inappropriée des animaux et l'absence de vérification de leur perte de conscience avant la saignée. Le rapporteur a confirmé que certaines de ces accusations étaient corroborées par les images diffusées, en particulier concernant les pratiques d'immobilisation des bovins.Un manque de contrôles qui interroge
Le rapporteur a toutefois relevé qu'aucun rapport d'inspection n'avait été produit pour les années 2020 à 2022, et qu'un seul contrôle de conformité avait été réalisé en 2023. Une nouvelle inspection menée en juin 2025 a révélé des « non-conformités importantes concernant l'abattage rituel ». L'absence de contrôles réguliers et de suivi documenté a été jugée constitutive d'une faute de l'État.Indemnisation et frais de justice proposés
L214 demandait 30 000 euros de dommages et intérêts, dont 20 000 euros pour préjudice matériel. Le rapporteur public a proposé 4 000 euros au titre du préjudice moral et 1 500 euros au titre des frais de justice, compte tenu des insuffisances administratives de l'État. Il a également recommandé de rejeter la demande de l'État visant à faire payer 10 000 euros à L214 ou à retirer les images, faute de préjudice suffisamment établi. La décision finale du tribunal administratif reste en attente.