Mathieu Farina soutient que l'éducation doit reconnecter les élèves à la nature pour remédier au rapport destructeur de l'humanité au vivant, comme le montre son livre Nous ne sommes pas en guerre avec le vivant.
Éducation et connexion avec la nature
Mathieu Farina, enseignant à l'INSPE de Limoges, soutient dans son livre Nous ne sommes pas en guerre avec le vivant que la dépendance de la société à la biodiversité entre en contradiction avec sa tendance à l'affaiblir. Il suggère que l'école devrait faire davantage que enseigner les sciences : elle devrait aider les élèves à renouer avec leur environnement et à développer un lien affectif avec la nature.La métaphore de la guerre en santé
Le titre de Farina s'inspire de la métaphore de la « guerre » employée pendant la pandémie et de l'immunologie historique, qui a souvent décrit le corps comme un combat contre des envahisseurs. Il fait toutefois remarquer que les pratiques visant à éliminer les agents pathogènes peuvent parfois se retourner contre leur objectif, car les micro-organismes jouent un rôle essentiel dans la santé humaine.Implications écologiques plus larges
Cette perspective dépasse le champ de la médecine pour toucher l'agriculture, la pêche et la sylviculture. Farina soutient que la société doit s'éloigner d'une relation conflictuelle avec le vivant, un thème repris par l'épidémiologiste René Dubos, qui faisait remarquer que les humains se préoccupent davantage des menaces pesant sur leur vie que des forces biologiques qui l'entretiennent.Des récits sur l'interdépendance du vivant
Dans son livre, Farina recourt à des histoires de microbes, d'insectes et d'oiseaux pour illustrer l'interdépendance de la vie. Il estime que la simple transmission de connaissances scientifiques ne suffit pas : celles-ci doivent être contextualisées et rendues pertinentes pour la vie des élèves, notamment en mettant en lumière le déclin d'espèces comme le pipit farlouse.Impact environnemental des pesticides
Farina évoque également l'usage d'insecticides contre les criquets, en soulignant leurs coûts indirects, notamment les menaces pour la santé humaine et les écosystèmes. Il plaide pour des pratiques agricoles durables qui s'appuient sur les interactions naturelles entre organismes, plutôt que sur des biocides à large spectre.La déconnexion avec la nature
La déconnexion avec la nature est à la fois physique et cognitive : de moins en moins de personnes en font l'expérience directe, et la compréhension de leur dépendance à son égard s'amenuise. Farina insiste sur le rôle de l'éducation pour inverser cette tendance, en suggérant que l'enseignement devrait être davantage fondé sur l'expérience et ancré dans le local, afin de favoriser le sens des responsabilités et l'attachement à l'environnement.Les lacunes de l'enseignement scientifique
Si les programmes de sciences se sont efforcés de présenter la biodiversité comme un réseau fonctionnel, l'intégration des humains dans ces réseaux est souvent reportée à des niveaux d'études plus avancés. Des études montrent que les méthodes d'enseignement actuelles peinent à créer un lien véritable avec le monde vivant, en recourant à des exemples lointains et à des cas abstraits.Un appel à un changement pédagogique
Farina plaide pour une pédagogie qui encourage les élèves à agir dans leur environnement local, fondée à la fois sur la connaissance et sur l'attachement affectif. Il reconnaît les difficultés que pose la mise en œuvre de tels changements, notamment la nécessité de former les enseignants et de surmonter des contraintes structurelles, mais estime que cette approche peut créer des expériences d'apprentissage puissantes, tant pour les éducateurs que pour les élèves.