Le ralentissement des approbations américaines pour l'exportation de composants aéronautiques menace de compliquer davantage le déploiement du C919. Avec onze appareils livrés au cours des neuf premiers mois de 2026, l'avion monocouloir chinois reste encore loin de ses ambitions industrielles. Pourtant, les tensions commerciales ne suffisent pas à expliquer les difficultés rencontrées par Comac, le constructeur chinois. Le C919 devait incarner la capacité de la Chine à s'imposer sur le marché des avions de ligne, actuellement dominé par Airbus et Boeing. Plus de trois ans après son entrée en service commercial en mai 2023, le programme fait face à un défi moins spectaculaire que les premiers vols, mais tout aussi décisif : transformer un appareil opérationnel en un produit fabriqué et livré de manière régulière. Les nouvelles contraintes américaines sur l'exportation de pièces risquent de rendre cet exercice encore plus ardu. Selon une enquête de Reuters publiée le 1er octobre, le département du Commerce des États-Unis a ralenti, ces dernières semaines, la délivrance de licences d'exportation pour des composants destinés à l'industrie aéronautique civile chinoise. Washington chercherait, selon les informations rapportées, à empêcher Comac de constituer des stocks, tout en utilisant la dépendance aérospatiale de Pékin comme levier dans les négociations commerciales. Livraisons du C919 : onze appareils en neuf mois Les performances industrielles illustrent l'ampleur du défi. Comac a livré quinze C919 en 2025, contre un objectif initial de 75. Le premier trimestre 2026 n'a enregistré que trois livraisons supplémentaires : deux pour China Southern Airlines et un pour Air China, selon les registres de l'entreprise et les données de l'IBA citées par le South China Morning Post. Des chiffres plus récents, issus de ch-aviation, permettent d'actualiser ce tableau : onze C919 ont été livrés à des compagnies aériennes au cours des neuf premiers mois de 2026, dont cinq à China Southern, trois à China Eastern et trois à Air China. La production n'est donc pas à l'arrêt, mais son rythme reste modeste pour un programme censé rivaliser avec les familles A320 et 737 sur le marché chinois. Ces chiffres invitent également à distinguer différentes périodes. Le constat de trois livraisons au premier trimestre ne suffit pas, à lui seul, à décrire la situation en octobre. Toutefois, le total cumulé à fin septembre confirme que Comac peine encore à établir un rythme de production soutenu et prévisible. Exportations américaines : un risque supplémentaire pour Comac Les mesures signalées concernent aussi bien les volumes autorisés que les délais administratifs. Selon Reuters, les autorités américaines envisageraient en outre des réglementations facilitant les restrictions sur certains équipements, notamment les trains d'atterrissage ; une version préliminaire inclurait une exigence de licence pour les fluides hydrauliques produits aux États-Unis. Ces dispositions doivent être distinguées des limitations déjà appliquées aux approbations. L'incertitude porte surtout sur leur étendue. Ch-aviation souligne qu'il n'est pas établi que les restrictions actuelles incluent les moteurs LEAP-1C du C919 ou les CF34-10A du biréacteur régional C909. L'antécédent de 2025 alimente pourtant les inquiétudes. Les États-Unis avaient suspendu, fin mai, les licences relatives à ces moteurs et à d'autres équipements destinés à Comac, avant de lever cette suspension début juillet. Reuters avait alors rapporté que GE Aerospace avait été autorisé à reprendre ses expéditions. La chaîne d'approvisionnement du constructeur a donc déjà subi les effets directs des tensions sino-américaines. LEAP-1C : un moteur franco-américain essentiel Le C919 est propulsé par le LEAP-1C de CFM International, une coentreprise détenue à parts égales par GE Aerospace et Safran Aircraft Engines. Safran le présente comme un « moteur de nouvelle génération pour le C919 ». Le groupe français fournit également plusieurs autres composants du programme, dont des systèmes d'oxygène en cabine. Derrière l'ambition nationale chinoise se cache donc une chaîne industrielle largement internationale.