Une récente étude de l’Insee, l’institut national de la statistique français, remet en cause l’idée reçue selon laquelle vivre en zone rurale serait significativement moins cher qu’en ville. Si les prix de l’immobilier y sont souvent plus bas et l’accès à des produits locaux facilité, l’étude révèle que les dépenses liées aux transports, notamment la nécessité de posséder une voiture individuelle, alourdissent considérablement le budget des ménages ruraux. Ces derniers y consacrent près du double de leur budget aux transports par rapport aux ménages urbains, un poste de dépense souvent négligé dans les comparaisons du coût de la vie entre les territoires. L’enquête montre qu’un ménage rural sur six dans les zones les plus isolées dépense plus d’un mois de revenu annuel en carburant. Leur budget médian annuel pour les transports s’élève à 2 698 euros, un chiffre qui illustre le caractère structurel et récurrent de ces dépenses en milieu rural, pouvant représenter jusqu’à 20 % des dépenses totales d’un foyer. À l’inverse, les ménages urbains y consacrent une part bien moindre. Si les coûts du logement et de l’alimentation restent comparables entre zones urbaines et rurales, les dépenses de transport creusent un écart notable. Ainsi, 13,5 % des ménages ruraux sont considérés comme fortement exposés aux coûts du carburant, contre seulement 9 % en ville. Cette situation s’explique en grande partie par l’absence de transports en commun fiables ou fréquents dans les campagnes, rendant la voiture individuelle indispensable pour les trajets quotidiens, qu’il s’agisse de se rendre au travail, de faire des courses ou d’emmener les enfants à l’école. Selon l’Insee, près de 90 % des actifs ruraux utilisent leur véhicule pour se rendre au travail, contre moins de 60 % en ville, où les alternatives sont plus nombreuses. Les ménages les plus exposés parcourent en moyenne 27 458 kilomètres par an, soit presque le double de la moyenne nationale. Cette tendance est particulièrement marquée dans les périphéries de villes moyennes comme Amiens, Angers, Tours et Troyes, ainsi que dans des régions plus éloignées comme l’Occitanie, le centre de la France, le sud des Alpes, ou encore les Antilles et la Guyane. L’étude souligne également que les ménages les plus exposés affichent un niveau de vie médian annuel de seulement 16 237 euros, avec un taux de pauvreté de 37,8 %, contre 10,1 % pour l’ensemble des ménages motorisés. Une enquête similaire menée en 2017 avait déjà mis en lumière cette réalité : les ménages ruraux y dépensaient en moyenne 7 000 euros par an en transports, contre 6 200 euros pour ceux des zones parisiennes. Dans les campagnes, l’achat et l’entretien d’un véhicule représentent jusqu’à 90 % des dépenses de transport, contre 80 % ailleurs. Ces résultats suggèrent que l’avantage économique perçu à vivre à la campagne pourrait bien n’être qu’une illusion une fois l’ensemble des dépenses du foyer pris en compte. Le vrai coût de la vie en milieu rural ne se mesure pas au prix du loyer, mais aux kilomètres parcourus chaque semaine, souvent par nécessité plutôt que par choix. Cela plaide en faveur de politiques publiques plus ambitieuses en matière de transports, de solutions de mobilité alternatives, de covoiturage local et d’aides financières ciblées pour les ménages ruraux dépendants de la voiture.