Kamel Daoud a été déclaré non coupable de diffamation dans une affaire l’opposant à Saâda Arbane, après un jugement rendu mardi 8 septembre par le tribunal correctionnel de Paris. Les juges ont estimé que Saâda Arbane ne pouvait pas être identifiée comme la personne visée par une déclaration de Daoud lors d’un entretien accordé au quotidien français Le Figaro. Par conséquent, le tribunal a considéré que les éléments constitutifs de la diffamation n’étaient pas réunis. Toutefois, il a condamné Saâda Arbane à verser un euro symbolique à titre de dommages et intérêts à Daoud, ainsi que 1 500 euros au directeur de la publication de Le Figaro, Marc Feuillée, pour préjudice moral. Le tribunal a qualifié l’affaire de « manifestement infondée ». Le litige judiciaire avait débuté après un entretien accordé par Daoud à Le Figaro le 3 avril 2025, au cours duquel il avait affirmé que « l’Algérie peut déposer plainte contre Kamel Daoud en France ». L’équipe juridique de Saâda Arbane avait alors fait valoir que cette mention de « l’Algérie » pouvait être interprétée comme une référence à sa personne, et que les propos tenus établissaient un lien entre ses actions en justice et le gouvernement algérien. Cependant, les juges n’ont pas tranché sur la véracité de ces allégations politiques, se concentrant uniquement sur la question de l’identification de Saâda Arbane dans les propos incriminés. L’acquittement ne met pas fin à la controverse juridique plus large entourant le roman de Daoud, Houris. Saâda Arbane avait en effet précédemment affirmé que des éléments de sa vie privée avaient été repris pour créer le personnage d’Aube dans l’ouvrage. Elle s’était identifiée à ce personnage, décrit comme une rescapée d’un attentat terroriste durant la « décennie noire » algérienne, avec des traits physiques et personnels précis. Elle avait également accusé Aïcha Dehdouh, épouse de Kamel Daoud et psychiatre, d’avoir utilisé des informations qu’elle lui avait confiées sans son consentement pour nourrir la création du roman. En février 2025, Saâda Arbane avait engagé une nouvelle action en justice en France, cette fois contre Daoud et son éditeur Gallimard, pour atteinte à la vie privée. Elle réclamait 200 000 euros de dommages et intérêts. Dans cette affaire, directement liée au contenu de Houris, ses avocats soutenaient que les similitudes entre sa vie et le personnage d’Aube rendaient peu probable une coïncidence. L’affaire s’est déroulée à la fois en France et en Algérie, les tribunaux français se penchant sur les questions de liberté créatrice et de respect de la vie privée, tandis qu’en Algérie, le dossier s’inscrit dans un contexte mémoriel politiquement sensible, celui de la guerre civile des années 1990. En avril 2025, Daoud avait été condamné à trois ans de prison et à une lourde amende par un tribunal d’Oran, mais cette décision n’avait aucun lien avec la plainte de Saâda Arbane. Elle concernait une action engagée par l’Organisation nationale des victimes du terrorisme. Saâda Arbane a également mené des poursuites en Algérie, où deux mandats d’arrêt internationaux ont été émis contre Daoud en 2025. Ce dernier présente l’affaire comme une campagne politique menée contre lui par l’Algérie, une accusation que Saâda Arbane rejette, affirmant agir de manière indépendante pour défendre son histoire et sa vie privée. Le combat judiciaire se poursuit, l’acquittement pour diffamation constituant une victoire ponctuelle pour Daoud, sans régler pour autant la question centrale des allégations d’atteinte à la vie privée. L’affaire en lien avec cette dernière reste en cours.