Le 20 juillet 2026, l’Assemblée nationale a adopté la loi d’urgence agricole, surnommée la loi Duplomb 2, par 296 voix pour. Ce texte autorise le retour des néonicotinoïdes – des pesticides comme l’acétamipride et le flupyradifurone – dans l’agriculture française. La décision a suscité des manifestations près du Palais Bourbon, siège de l’Assemblée nationale. Delphine Batho, députée des Deux-Sèvres, a dénoncé une mesure en recul majeur dans la lutte contre le lobby des pesticides, Phyteis. Ce groupe, actif depuis des années en coulisses, milite pour empêcher les interdictions de ses produits et influencer les textes législatifs. Batho avait fait adopter en 2015 un amendement interdisant les néonicotinoïdes, mais Phyteis a continué à contester cette restriction. Phyteis, anciennement appelé Union des industries de la protection des plantes (UIPP) jusqu’en 2022, joue un rôle central dans les actions de lobbying autour des réglementations sur les pesticides. Jordan Allouche, un contre-lobbyiste, estime que pour comprendre les reculs réglementaires et environnementaux des cinq dernières années, il faut analyser l’influence de Phyteis. L’an dernier, le groupe a soutenu le retour de l’acétamipride dans le cadre de la loi Duplomb 2, bien qu’un recours pour lever l’interdiction des néonicotinoïdes ait été rejeté par le Conseil d’État, plus haute juridiction administrative française. Vincent Louault, sénateur d’Indre-et-Loire, a été mis en cause dans un numéro de l’émission Complément d’enquête diffusée sur France 2 le 3 septembre. Il y était accusé d’avoir trompé ses collègues sur la présence d’acétamipride dans des produits du quotidien, comme les colliers antiparasitaires pour animaux. Il a reconnu avoir « fait un fake news » et simplifié à l’excès les informations, avant de s’excuser et de prendre ses responsabilités. Agriculteur de profession, Louault est décrit par son homologue socialiste Michaël Weber comme l’un des sénateurs les plus combatifs sur les questions de pesticides. Selon la presse, il aurait rencontré Phyteis le 29 mai et soumis plusieurs amendements intégrés au texte final de la loi. Phyteis dément avoir participé à une visioconférence avec Louault à cette date, mais n’a pas nié lui avoir transmis des amendements. François Veillerette, porte-parole de l’association Générations Futures, dénonce le rôle de Phyteis dans la facilitation de la commercialisation de produits phytosanitaires. Il souligne que plus un produit reste sur le marché, plus il est rentable pour les fabricants. En juin 2023, Phyteis a reçu des lettres de mise en garde du Sénat et de l’Assemblée nationale pour manquement à la rigueur et à la prudence dans ses activités de lobbying. Il s’agissait de la première fois que de telles missives étaient adressées à un représentant d’intérêts depuis l’entrée en vigueur de la loi Sapin II en 2016. Les lettres rappelaient que les informations communiquées ne devaient pas comporter d’éléments volontairement inexacts destinés à induire en erreur les députés.