Les pharmaciens français peinent avec les outils numériques malgré leur adoption généralisée, révélant des lacunes en matière de formation et d'intégration des systèmes.
Les outils numériques en officine restent complexes
Le Cercle de réflexion de la pharmacie d’officine (Crepoff) a souligné lors d’une présentation le 21 octobre que, si les outils numériques ont réduit le recours au papier dans de nombreux processus, ils ne rendent pas encore sensiblement plus facile le travail quotidien des pharmaciens. Cette conclusion provient d’une enquête menée entre décembre 2024 et avril 2025, à laquelle ont participé près de 1 000 pharmaciens, pour la plupart titulaires d’officine.La plupart des pharmacies utilisent des systèmes numériques certifiés
Presque tous les pharmaciens interrogés utilisent un logiciel de gestion d’officine certifié Ségur, connu sous le nom de LGO. Près de trois sur quatre utilisent une messagerie sécurisée de santé (MSS) et ont délivré au moins une ordonnance numérique. Un nombre similaire recourt au télé-service Asafo, et environ la moitié utilise une plateforme de suivi des ruptures de médicaments. Les outils de gestion sont bien installés, en particulier pour les commandes et la facturation auprès des fournisseurs.Les outils numériques sont moins efficaces pour les tâches facultatives
Lorsque les tâches demandent davantage d’initiative, l’usage des outils numériques se complique. Seule la moitié des pharmaciens vérifie systématiquement l’identité nationale de santé (INS) de chaque patient au moment de la dispensation. Un quart consulte souvent le dossier médical partagé (DMP), tandis qu’un autre quart déclare ne jamais y avoir accédé. La MSS ne remplace pas totalement le courriel classique, puisque 7 pharmaciens sur 10 utilisent les deux. Neuf sur 10 échangent encore des courriels avec leurs patients par une messagerie ordinaire.Les pharmaciens se sentent mal préparés et peu satisfaits
Les trois quarts des personnes interrogées jugent leurs connaissances des outils numériques nulles ou moyennes, et la plupart reconnaissent n’avoir reçu aucune formation numérique structurée. La formation provient surtout des éditeurs et porte sur le fonctionnement des équipements plutôt que sur les enjeux numériques plus larges. Deux tiers des répondants ne sont pas satisfaits de leur logiciel LGO, estimant qu’il devrait mieux fonctionner ou offrir davantage de fonctionnalités. Ils attendent des améliorations dans l’accès au DMP, une meilleure intégration des tâches officinales et l’automatisation des commandes, des factures et des tâches administratives.La simplification des processus numériques est incomplète
Selon le Crepoff, l’objectif de simplification des processus numériques n’a été atteint qu’en partie. Si les pharmacies sont bien équipées en technologies, les pharmaciens doivent encore gérer de multiples plateformes, canaux et interfaces. Les priorités clés sont de faire du LGO le point d’entrée principal pour le DMP, l’INS, la MSS et les ordonnances, d’automatiser les échanges de données et de réduire la nécessité de saisies répétées et de tâches administratives.Le Crepoff regroupe les grandes organisations de la pharmacie
L’association Crepoff réunit l’Union des syndicats de pharmaciens d’officine (USPO), l’Association nationale des étudiants en pharmacie de France (Anepf) et le Collège des pharmaciens adjoints de France (CPAOF). Toutefois, l’échantillon de l’enquête ne représente peut-être pas l’ensemble des pharmacies françaises, et les réponses reposent sur des déclarations des intéressés plutôt que sur des données vérifiées.