Dans leur livre Ils ont tué Bambi, paru ce vendredi aux Éditions Le passager clandestin, les journalistes Maïlys Belliot et Stephan Ferry, tous deux issus du secteur environnemental, livrent les résultats d’une enquête de deux ans sur la chasse en France. L’ouvrage propose un portrait détaillé et équilibré des chasseurs, les présentant non seulement comme des pratiquants de la chasse, mais aussi comme des acteurs soucieux de la préservation et de la protection de l’environnement naturel. Les auteurs soulignent que, malgré leurs divergences, chasseurs et écologistes partagent souvent des objectifs communs et que le dialogue entre ces deux groupes est à la fois possible et nécessaire. La saison de chasse en France s’ouvre généralement fin septembre, coïncidant avec la sortie du livre. Belliot et Ferry ont été incités à explorer le monde de la chasse après avoir vu une publicité dans le métro parisien décrivant les chasseurs comme « les premiers écologistes de France ». Cette affirmation les a intrigués et les a poussés à creuser la question pour en découvrir les réalités. Les auteurs expliquent que les chasseurs jouent un rôle important dans l’entretien des espaces naturels. Ils contribuent à la préservation des sentiers, possèdent une connaissance approfondie des terrains locaux et collaborent étroitement avec les agriculteurs, les forestiers et les collectivités locales. Cependant, des tensions persistent, notamment lorsqu’il s’agit de chasser des espèces protégées par la conservation. Chaque pratique et chaque espèce doit être évaluée individuellement, rappellent-ils, car leur impact sur l’environnement peut varier considérablement. Malgré ces tensions, l’ouvrage met en lumière des situations où chasseurs et écologistes ont trouvé un terrain d’entente. Par exemple, un responsable associatif dans le Morbihan a entamé des discussions avec des chasseurs après une rencontre fortuite, menant à des collaborations concrètes. Ces exemples montrent que, malgré les conflits, des opportunités de coopération existent. Les auteurs reconnaissent toutefois que, dans certaines régions, les relations peuvent être tendues, voire hostiles. Les auteurs remettent en cause les stéréotypes courants sur les chasseurs, soulignant que la communauté cynégétique n’est pas un bloc homogène. Ils abordent les questions de sécurité et de consommation d’alcool, notant que, si les accidents de chasse liés à l’alcool ont diminué ces vingt dernières années, ils n’ont pas pour autant disparu. L’alcool est impliqué dans 5 % des accidents de chasse au cours de la dernière décennie. Ils précisent également que la précision de tir n’est pas un critère pour obtenir un permis de chasse, bien que cette problématique ait gagné en visibilité grâce aux critiques des groupes anti-chasse. Les auteurs estiment que l’interdiction pure et simple de la chasse n’est pas une solution évidente. Ils rappellent que la nature française a été profondément façonnée par l’activité humaine, qu’il s’agisse de l’urbanisation ou de l’agriculture. Remplacer les chasseurs par des loups pour réguler les populations serait, selon eux, peu pratique et pourrait poser des problèmes aux agriculteurs. Les chasseurs contribuent au maintien des écosystèmes, par exemple en régulant les populations de cervidés qui peuvent endommager la régénération des jeunes forêts. Sur le plan social, ils s’investissent dans leur communauté par le bénévolat, avec une moyenne de 27 jours de service par an – soit plus de trois fois la moyenne nationale. Les auteurs concluent que, malgré les désaccords, le dialogue et la reconnaissance mutuelle des objectifs partagés restent essentiels.