En 1987, la fusée Energia de l'URSS a lancé la station Polyus, une tentative ratée de déployer un laser pour détruire des satellites américains, qui s'est soldée par un crash et l'abandon du programme Skif.
Lancement de la fusée Energia
Le 15 mai 1987, l'Union soviétique a lancé la fusée Energia depuis le cosmodrome de Baïkonour, avec une station de combat baptisée Polyus fixée sur son flanc. La fusée devait transporter un laser au dioxyde de carbone destiné à détruire des satellites américains, mais elle n'a pas atteint l'orbite et s'est écrasée dans l'océan Pacifique.Un échec attribué à une erreur logicielle
L'échec a été imputé à un bogue logiciel qui a fait tourner le vaisseau de 360 degrés au lieu de 180, si bien que le moteur s'est allumé dans la mauvaise direction. Polyus est retombé dans le Pacifique moins de 10 minutes après le lancement, et le programme Skif a été abandonné.La réponse soviétique aux projets de défense américains
La station Polyus faisait partie du programme Skif, une réponse soviétique à l'Initiative de défense stratégique américaine, annoncée par Ronald Reagan en 1983 et surnommée « La Guerre des étoiles » par la presse. Le Polyus-Skif devait servir de précurseur à un système laser capable d'attaquer des satellites antimissiles américains et, peut-être, d'autres véhicules militaires.Les capacités de la fusée et le programme Skif
La fusée Energia, conçue pour lancer la navette Bourane, pouvait emporter 95 tonnes, ce qui en faisait une plateforme adaptée au projet. L'idée d'un premier lancement avec une maquette lourde est née en juillet 1985 et a donné naissance au Skif-DM, le D signifiant démonstration et le M maquette. Cette version ne contenait que les composants de base et une réserve partielle de CO2, sans véritable laser à bord.Retards de lancement et pressions politiques
Le calendrier était serré : le Skif réel a été mis au point en un an, de septembre 1985 à septembre 1986, puis les essais ont repoussé le lancement à février, puis à mai 1987. Lors de la visite de Gorbatchev, le 11 mai, Boris Goubanov, concepteur en chef d'Energia, lui a demandé d'autoriser le lancement sans attendre, craignant des crises cardiaques parmi ses équipes.Poids et détails techniques
Les sources divergent sur la masse du Skif-D : 80 tonnes pour le Skif-D selon la plupart des récits, 100 tonnes pour le Skif-DM selon d'autres analystes, soit l'équivalent de 12 à 15 éléphants d'Afrique adultes. Dans la nuit du 15 mai 1987, les moteurs de l'Energia se sont allumés. Le lanceur combinait un étage central à 4 moteurs et 4 propulseurs auxiliaires à ergols liquides, et il a fonctionné sans défaut, infléchissant sa trajectoire vers le nord du Pacifique.Défaillance technique et conséquences
Polyus s'est ensuite détaché, ses propulseurs orientés dans le sens de la marche. Il devait pivoter de 180 degrés et effectuer un roulis de 90 degrés avant d'allumer son moteur. Cette poussée finale devait ajouter 60 m/s, soit 216 km/h, en consommant entre 1,5 et 2 tonnes d'ergols. Le moteur s'est allumé après le demi-tour, mais la rotation du vaisseau ne s'est pas arrêtée comme prévu et s'est poursuivie.Un succès partiel et l'annulation du programme
Fait curieux, les Soviétiques n'ont pas considéré ce vol comme une catastrophe totale : le lancement aurait permis de remplir environ 80 % des objectifs scientifiques et d'essai, notamment des expériences géophysiques et militaires. Quant à l'Energia, elle avait mené à bien son premier vol, point sur lequel les sources consultées s'accordent. Le programme, en revanche, n'a pas survécu.L'héritage de la fusée Energia
Les Skif-D1 et Skif-D2 devaient suivre à environ un an d'intervalle, mais le programme a été annulé après cet échec. Le plan initial prévoyait une mission de 30 jours pour la maquette. L'Energia, quant à elle, n'a été lancée que deux fois, la fin du programme Bourane ayant mis un terme à sa carrière. Son héritage perdure dans la famille de moteurs RD-170.Précision sur la « station laser »
Une nuance demeure que l'appellation « station laser » fait oublier : aucune arme n'était à bord, seulement une maquette de laser. Selon Wikipedia, le plan prévoyait de tester l'éjection du futur laser à l'aide d'un mélange xénon-krypton, présenté comme une expérience sur l'ionosphère, car un nuage de CO2 aurait trahi la véritable vocation du véhicule.