La situation a commencé par un objet modeste — le thermomètre dans une salle de classe. En juin, les températures ont dépassé 35 degrés Celsius dans de nombreuses écoles en France, entraînant la fermeture de 1 800 établissements lors d’une vague de chaleur le 23 juin. Trois mois plus tard, des élèves ayant subi des conditions étouffantes derrière des fenêtres condamnées sont descendus dans la rue. Le mouvement a débuté fin septembre dans un lycée privé de Créteil, où trois enseignants, une principale adjointe, une assistante sociale et une psychologue se sont mobilisés. Le 1er octobre, le ministère de l’Intérieur recensait 1 027 lycées concernés, dont 222 bloqués. Le 6 octobre, 891 établissements connaissaient des suspensions partielles ou totales de cours, et 488 personnes ont été placées en détention. Plus de 6 000 personnes ont été arrêtées depuis le début du mouvement, majoritairement des mineurs. Les organisateurs revendiquent 450 000 manifestants. Le gouvernement peine à concilier la condamnation des groupes violents et l’ouverture d’une plateforme de consultation. La réception de représentants des lycées le 2 octobre n’a pas suffi à calmer la frustration grandissante.
Ces salles de classe étouffantes ne doivent rien au hasard. Entre 1964 et 1969, 1 150 collèges et lycées ont été construits, comme l’a rappelé le Sénat en 2023. Conçus en béton et dotés de grandes baies vitrées, ces bâtiments étaient destinés à la génération du baby-boom d’après-guerre, et non à des étés où les températures atteignent 40 degrés Celsius. Selon un sondage du Snes-FSU, la moitié des établissements ne disposent d’aucun système de protection solaire extérieur. Le coût de la rénovation des 60 000 écoles, collèges et lycées est estimé à près de 40 milliards d’euros par la Banque des Territoires. Le plan EduRénov n’en représente qu’une infime partie. Le fonds vert, principal outil financier pour de tels projets, est passé de 2,5 milliards d’euros en 2024 à 800 millions cette année, avec une prévision de remontée à un milliard en 2027. Les lycées relèvent des collectivités territoriales, dont les efforts varient considérablement — de 2 380 euros par élève en Île-de-France à 5 830 en Guyane française.
Le thermomètre reflète aussi le paysage économique plus large. Dans des budgets contraints, l’entretien des bâtiments devient souvent une variable d’ajustement. Un mur ne proteste pas — jusqu’à ce que les élèves qui l’occupent le fassent à sa place. Le paradoxe réside dans le budget du ministère de l’Éducation nationale, qui n’est pas sacrifié mais augmente de 1,1 milliard d’euros en 2027, pour atteindre 65,5 milliards d’euros. Pourtant, ce budget finance surtout les salaires, et la démographie dicte la donne. Avec 180 000 élèves en moins attendus, 1 588 postes d’enseignants disparaîtront. Ce calcul s’applique au niveau national, mais pas dans une classe de 35 élèves sans professeur de français.
La dette publique reste un acteur silencieux, mais omniprésent. Fin juin, elle s’élevait à 3 595 milliards d’euros, soit 119 % du PIB, selon l’Insee. L’Agence France Trésor prévoit d’emprunter un montant record de 340 milliards d’euros l’an prochain. La charge des intérêts atteindrait 91 milliards d’euros en 2027, selon le projet de loi de finances. Moins de six mois d’intérêts suffiraient à rénover toute l’infrastructure scolaire. Pour ces adolescents, l’équation est claire : ils héritent du béton des années 1960 et de la dette des années 2020. En 1990, un mouvement similaire, parti d’une banlieue parisienne, avait obtenu un plan d’urgence de 4,5 milliards de francs. L’État pouvait alors emprunter pour investir. Aujourd’hui, la situation doit d’abord rassurer les créanciers, à moins de sept mois de l’élection présidentielle. Les vacances de la Toussaint pourraient mettre fin aux blocages, mais elles ne feront pas baisser le thermomètre. La prochaine canicule posera à nouveau la question : qui paiera pour adapter le système scolaire — ceux qui ont contracté la dette ou ceux qui l’hériteront ?
Blocus scolaires et défis de la dette en France dans le contexte des manifestations contre la canicule
Contenu réécrit par une IA à partir de sources de presseComment ça marche
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