Trois enseignants de l’école La Tourtelle à Aubagne et un enseignant de l’école Jean Zay à La Ciotat ont été provisoirement suspendus depuis le 31 août. Ces suspensions font suite à une enquête administrative qui porte sur leurs déclarations, des signalements répétés et un engagement collectif. Les enseignants sont suspendus pour une durée de quatre mois. Le mouvement étudiant qui secoue le pays a suscité une réponse policière d’une ampleur considérable. Bien que les situations ne soient pas équivalentes, un mécanisme similaire est à l’étude : lorsque des conditions inacceptables sont dénoncées avec suffisamment d’insistance, comment ceux qui refusent de les accepter finissent-ils par être présentés comme le problème ?
À l’école La Tourtelle à Aubagne, élèves et personnel travaillent depuis des années dans des bâtiments trop froids en hiver, étouffants lors des canicules et mal nettoyés. Ils ont également été confrontés à des problèmes comme la présence de rongeurs, de punaises de lit, de matériel défectueux et de graves problèmes de sécurité, signalés à maintes reprises. Un rapport concernant une alarme incendie inaudible a dû être renouvelé, car il avait été jugé « disproportionné » par les autorités locales. Un panier de basket cassé, endommagé par un camion municipal, attend toujours son remplacement plus de cinq ans après. Entre janvier et avril 2025, plus de 70 jours d’absence sans remplacement ont été enregistrés dans l’établissement, et ce chiffre était passé à 125 à la même période en 2026. Lorsque la directrice a été placée en mi-temps thérapeutique entre janvier et mars 2026, son poste n’a pas été pourvu, et n’a été que partiellement couvert jusqu’à la fin de l’année scolaire.
Les élèves en situation de handicap à La Tourtelle ont été confrontés à des difficultés spécifiques, comme ceux dont l’accès à la cantine était conditionné à un « test » particulier, ceux temporairement dissuadés de se rendre en cours en raison d’un manque de personnel, ou ceux dont le droit à la scolarisation était parfois remis en question faute de personnel d’accompagnement. Ces conditions sont décrites comme une violence institutionnelle : une dégradation quotidienne, répétée et durable qui finit par contraindre le personnel et les familles à accepter ce qui ne devrait jamais être considéré comme normal.
Les alertes concernant ces problèmes ont été qualifiées, selon les cas, de disproportionnées, déplacées, exagérées ou infondées. Lorsque le personnel informait les familles des températures dans les salles de classe, leurs publications étaient supprimées par les services municipaux. Lorsqu’ils revenaient sur des problèmes de sécurité non résolus, ce n’était plus seulement le problème initial qui était évoqué : c’était leur insistance. La violence initiale s’efface avec le temps, mais sa dénonciation devient visible. Les dysfonctionnements liés à l’organisation du service se transforment alors en défauts de comportement de ceux qui les signalent, perçus comme trop insistants, trop négatifs ou trop radicaux. L’institution peut alors se présenter comme la protectrice du collectif contre ceux qui en souffrent et dénoncent ses propres défaillances.
Le mouvement étudiant a touché plus d’un millier d’établissements le 1er octobre. Les élèves se mobilisent sur des constats similaires : manque de personnel, classes surchargées, état des bâtiments et inégalités scolaires. Les questions liées à Parcoursup, le système d’admission dans l’enseignement supérieur, et les perspectives éducatives futures font également partie des motivations exprimées. Des dégradations et des violences ont eu lieu en marge de ces mobilisations. Ces faits existent et doivent être pris en compte comme tels. Ils ne peuvent cependant suffire à résumer un mouvement d’une telle ampleur, ni à effacer les revendications qui l’ont fait naître. Le gouvernement évoque désormais une « violence urbaine » et a renforcé ses mesures de maintien de l’ordre avec les CRS (Compagnies républicaines de sécurité) et la gendarmerie mobile.
Le ministre de l’Intérieur a fait état de plus de 5 000 arrestations depuis le début de la semaine. Près de 1 800 personnes avaient déjà été placées en garde à vue entre lundi et jeudi soir. Le ministre de l’Éducation a rapporté 170 élèves blessés depuis le début du mouvement. Plusieurs adolescents ont été grièvement blessés ; Le Monde a documenté le cas d’un lycéen de 14 ans touché à la mâchoire par un tir de grenade à bout portant. Amnesty International alerte sur l’usage disproportionné de la force contre des mineurs, évoquant des lancers de grenades, des gaz lacrymogènes et des arrestations massives.
La réponse policière elle-même produit des faits qui ne peuvent être ignorés. Le cadrage gouvernemental du mouvement comme une « violence urbaine » recentre l’attention sur les excès plutôt que sur les revendications à l’origine du soulèvement. En désignant ceux qui alertent ou les responsables politiques soutenant la mobilisation comme responsables du désordre, il ne peut exonérer les pouvoirs publics de leur responsabilité dans la violence institutionnelle qui a précédé et alimenté ce mouvement.
La suspension, la menace de sanction, l’arrestation ou la garde à vue ont un effet qui dépasse les personnes directement visées : la répression augmente le coût de l’engagement. Elle indique à tous les autres ce que pourrait leur coûter le fait de ne pas se conformer. Défendre les enseignants suspendus, ce n’est pas seulement défendre trois personnes à Aubagne ou une à La Ciotat. Défendre les élèves mobilisés, ce n’est pas seulement défendre quelques images de barricades.
C’est défendre notre capacité collective à nommer ce qui devient inacceptable avant que l’habitude ne le transforme en normalité. C’est défendre le droit à l’alerte, à la contestation et au retour quand rien n’a changé. C’est défendre les services publics comme des biens communs dont les usagers et le personnel ont le droit de demander qu’ils fonctionnent avec dignité. C’est, en définitive, défendre notre capacité à construire la société autrement que par la peur et le silence.
Nous exigeons la levée immédiate des suspensions et la réintégration des personnels concernés dans leurs établissements, ainsi qu’une réponse aux problèmes qu’ils ont signalés plutôt que la répression de ceux qui les signalent. Nous appelons également à une réponse fondée sur le dialogue et à l’arrêt immédiat de la répression policière du mouvement étudiant. Nous exigeons des moyens à la hauteur des besoins du service public d’éducation afin d’en faire un lieu d’émancipation et de construction de la citoyenneté pour tous.
Les suspensions d'enseignants et les manifestations étudiantes soulignent les réponses des institutions et des forces de l'ordre en France
Contenu réécrit par une IA à partir de sources de presseComment ça marche
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