Des chercheurs du Selwyn College de l’Université de Cambridge ont découvert un rare manuscrit sur feuilles de palmier du Bhagavannāmabhūṣaṇa, un texte sanskrit attribué à Śrīdhara Veṅkaṭeśa, dans un monastère situé à Marudanallur, dans le Tamil Nadu. Ce manuscrit, jusqu’alors inconnu des spécialistes, était vénéré quotidiennement depuis des générations et conservé dans une boîte en bois aux côtés d’objets liés à Sadguru Swami, une figure centrale de la tradition des bhajana, qui met l’accent sur les pratiques dévotionnelles centrées sur la récitation des noms divins. Le copiste du manuscrit a encodé la date de sa création dans un verset astrologique, permettant aux chercheurs d’estimer qu’il a été recopié en 1801, de son vivant. Le Bhagavannāmabhūṣaṇa est considéré comme l’un des textes fondateurs du Nāmasiddhānta, une tradition spirituelle selon laquelle la répétition du nom d’une divinité permettrait d’atteindre la libération. La découverte de ce manuscrit s’inscrit dans le cadre du programme de recherche Beyond the Court, qui explore les savoirs religieux sanskrits au sein des communautés brahmaniques du delta de la Kaveri entre 1650 et 1800. Contrairement aux études antérieures, centrées sur les textes issus des cours royales et des centres urbains, ce programme met en lumière la vie intellectuelle des villages ruraux et des monastères, jusqu’ici moins étudiés. L’état de conservation du manuscrit a surpris l’équipe de recherche, car les feuilles de palmier de la région sont souvent endommagées par la chaleur et les insectes. Pourtant, le Bhagavannāmabhūṣaṇa de Marudanallur est remarquablement bien préservé et lisible, le texte sanskrit étant rédigé en écriture grantha, un système d’écriture traditionnellement utilisé dans le sud de l’Inde. Les chercheurs préparent actuellement un article scientifique sur l’importance de ce manuscrit et poursuivent leurs investigations dans d’autres villages et monastères du delta de la Kaveri. Les résultats de cette découverte seront intégrés à une base de données géospatiale en accès libre, offrant de nouvelles perspectives sur la diffusion et la préservation des textes sanskrits dans les milieux ruraux et monastiques. Ce travail souligne l’importance d’étudier les savoirs religieux au-delà des contextes urbains et royaux traditionnellement privilégiés, révélant ainsi les riches traditions intellectuelles de communautés moins connues.