Cinq mois après la signature d’un accord commercial entre l’UE et le Mercosur, un bloc commercial sud-américain, Alexandre Gohin, agro-économiste à l’Inrae, a commencé à analyser les effets de cet accord sur le marché européen de la viande bovine. Depuis l’entrée en vigueur de l’accord en mai, les importations de bœuf en provenance du Brésil ont augmenté d’environ 40 %. Cette hausse suscite des inquiétudes chez les éleveurs français de bovins, bien qu’il soit encore difficile d’évaluer dans quelle mesure elle influence les prix de la viande. Les modèles économiques suggèrent que l’impact sur les agriculteurs français reste relativement limité.
Gohin explique que l’augmentation des importations de bœuf brésilien pourrait être liée à un phénomène d’anticipation. À partir du 3 septembre, les importations de bœuf brésilien ont été temporairement suspendues en raison de préoccupations concernant l’usage d’antimicrobiens dans l’élevage. « Les flux d’importation ont pu augmenter en anticipation de cette date butoir », précise-t-il. Les importations en provenance d’autres pays du Mercosur, comme l’Argentine et le Paraguay, sont restées stables durant cette période. Qu’il s’agisse ou non d’un effet d’anticipation, cette hausse des volumes a eu un impact sur les prix. « Ces volumes supplémentaires ont sans doute contribué à la baisse des prix », estime Gohin. En règle générale, une augmentation de 1 % de l’offre peut réduire les prix à la consommation d’environ 2 %, et encore davantage pour les producteurs.
Gohin souligne que la baisse des prix ne peut être attribuée uniquement à l’afflux de bœuf brésilien. D’autres facteurs entrent en jeu, comme les pénuries d’aliments pour le bétail, les coûts énergétiques ou encore le pouvoir d’achat des consommateurs, en baisse. Gohin et Alan Matthews, un autre économiste, ont publié en 2025 une étude visant à mesurer les effets de l’accord sur différents secteurs agricoles européens. Leurs travaux offrent une première analyse des répercussions économiques plus larges.
La Commission européenne visait à ouvrir le marché à un maximum de 4 % de la consommation européenne grâce à cet accord. Pourtant, l’accord final prévoit un contingent commercial de 99 000 tonnes équivalent carcasse (téc), soit 1,5 % du marché européen. Selon les simulations économiques, ce niveau d’importations ne réduirait que légèrement l’activité de l’industrie bovine européenne, d’environ 0,4 %. En revanche, l’accord devrait stimuler d’autres secteurs en favorisant les exportations de produits européens comme le fromage, le vin ou les spiritueux. À l’échelle de tous les secteurs agroalimentaires européens, l’impact économique global est estimé à environ 0,1 %. En tenant compte des effets plus larges de l’accord sur l’économie et des créations d’emplois dans les secteurs en croissance, Gohin et Matthews estiment que les revenus européens pourraient augmenter de 0,4 %.
Les effets de l’accord varient selon les pays, et Gohin note que « le marché unique ne signifie pas que les prix s’alignent partout en Europe ». Les consommateurs français restent méfiants à l’égard de la viande en provenance des pays du Mercosur. « Les volumes iront d’abord vers le marché allemand », prédit-il, tout en reconnaissant un possible effet d’entraînement. « On peut imaginer que les Irlandais seront touchés, car ils exportent beaucoup vers l’Allemagne, et indirectement, l’industrie française de la viande bovine. » Quelques mois après l’entrée en vigueur de l’accord, les données observées confirment un simple effet d’anticipation de la part des importateurs. Il faudra encore du temps et des analyses pour déterminer si le Mercosur perturbe réellement le marché européen ou si, comme le suggèrent les modèles économiques, son impact restera finalement minime.
L'impact de l'accord UE-Mercosur sur le marché du bœuf sous la loupe
Contenu réécrit par une IA à partir de sources de presseComment ça marche
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