L’intelligence artificielle s’intègre de plus en plus dans le quotidien des élèves, poussant parents et éducateurs à repenser son rôle dans l’apprentissage. Selon les résultats de l’enquête PISA 2025 de l’OCDE, 37 % des élèves français déclarent utiliser des agents conversationnels d’IA au moins une fois par semaine pour les aider dans leurs études. Par ailleurs, 23 % de ces jeunes y ont recours chaque semaine pour rédiger des travaux scolaires. Toutefois, cette dépendance croissante suscite des interrogations sur la manière de garantir que les élèves maîtrisent pleinement les notions étudiées et que l’IA ne se substitue pas au processus d’apprentissage lui-même. Misha Simmonds, ancien enseignant et désormais directeur de l’American School of Paris (ASP), souligne les inquiétudes des parents quant à l’impact de l’IA sur la scolarité de leurs enfants. Il met en garde : lorsque l’IA devient la solution privilégiée par les élèves, ceux-ci risquent de sauter l’étape cruciale de la compréhension du problème ou de la recherche de sa résolution. Cela pourrait conduire à l’obtention de réponses sans véritable assimilation du raisonnement sous-jacent, ce qui est pourtant essentiel à l’apprentissage. Simmonds compare le rôle de l’IA dans l’éducation à celui de la calculatrice, introduite auprès des élèves sans pour autant supprimer l’obligation d’apprendre les bases de l’arithmétique. « Les élèves doivent savoir additionner ou multiplier pour comprendre quelle opération utiliser et repérer quand un résultat n’a pas de sens », explique-t-il. Il envisage l’IA sous un angle similaire : elle peut servir d’outil utile pour comparer des explications ou comprendre ses erreurs, mais elle ne doit pas se substituer à l’apprentissage. Pour aider les élèves à s’assurer qu’ils maîtrisent vraiment ce qu’ils étudient, Simmonds propose trois questions que les parents peuvent poser. La première est : « Comment y es-tu arrivé ? » Cela permet de vérifier si l’enfant comprend le raisonnement derrière sa réponse, et non pas seulement de la répéter. Les parents peuvent aussi demander : « Attends, peux-tu me montrer comment tu es parvenu à ce résultat ? » pour jouer le rôle d’une personne qui ne saisit pas la démarche. La deuxième question est : « Que ferais-tu si la question était légèrement différente ? » Cela encourage l’élève à réfléchir à la manière d’adapter son raisonnement à d’autres situations. La troisième question est : « Qu’est-ce qui te semble correct ? Qu’est-ce qui doit être vérifié ? Où chercherais-tu ? » Cela aide les enfants à évaluer de manière critique les réponses générées par l’IA et à ne pas les prendre pour acquises. Simmonds insiste sur l’importance de laisser les élèves explorer, discuter et expliquer leur raisonnement de manière autonome. Il conclut que l’IA devient un outil pédagogique précieux lorsqu’elle incite les élèves à réfléchir plus profondément, et non lorsqu’elle se charge de penser à leur place.