La rareté de l'aluminium en 1884

En 1884, une pointe métallique placée au sommet du Washington Monument valait presque autant que l'argent, à poids égal. Ce bijou métallique de 100 onces, coulé à Philadelphie par le chimiste William Frishmuth, témoigne d'une époque où l'aluminium était plus rare et plus convoité que de nombreux métaux précieux.

Le prix élevé de l'aluminium au XIXe siècle

En 1884, l'aluminium était si rare que son prix rivalisait avec celui de l'argent, une once valant environ un dollar, soit l'équivalent du salaire d'une journée pour un ouvrier du bâtiment. La pointe de 100 onces, coulée par William Frishmuth à Philadelphie, pesait 100 onces et était facturée 225 dollars, soit plus du double du budget initialement prévu.

La transformation de l'aluminium à la fin du XIXe siècle

Dès 1886, le procédé électrolytique mis au point par Charles Martin Hall permit la production de masse de l'aluminium, faisant chuter son prix et mettant fin à son statut de métal précieux. Lorsque l'aluminium valait plus que l'argent, il faut se replacer dans le contexte de la fin du XIXe siècle pour comprendre pourquoi un simple morceau d'aluminium pouvait rivaliser avec un métal noble.

La rareté de l'aluminium par rapport à l'argent

À cette époque, l'aluminium n'avait rien d'un matériau courant. Sa production mondiale restait anecdotique, et son extraction exigeait des procédés chimiques coûteux, bien avant que l'électrolyse ne change la donne. Selon la revue scientifique JOM, publiée en 1995, la production mondiale d'aluminium en 1884 s'élevait à environ 3,6 tonnes. À titre de comparaison, l'argent extrait la même année atteignait environ 2 834 tonnes.

Divergences sur le prix de l'aluminium en 1884

Les sources ne s'accordent pas entièrement sur le prix exact d'une once d'aluminium en 1884. JOM évoque environ un dollar l'once, tandis que les Archives nationales américaines, dans leur publication Prologue de 2014, avancent plutôt 1,10 dollar, un chiffre présenté comme le double du prix de l'argent à l'époque. Le National Park Service, en revanche, parle d'une quasi-parité entre les deux métaux.

Le poids et le coût de la pointe du Washington Monument

La pièce finalement placée au sommet du monument pesait 100 onces, pour une hauteur d'environ 8,9 pouces, soit un peu moins de 23 centimètres. Coulée à Philadelphie, elle fut facturée 225 dollars par William Frishmuth, soit plus du double du montant initialement convenu avec les responsables du chantier.

La valeur de l'aluminium en termes de travail

Ce dépassement budgétaire prend une nouvelle dimension lorsqu'on sait à quel point ce matériau était coûteux à produire. Selon JOM, une once d'aluminium valait alors environ un dollar, ce qui correspondait exactement au salaire d'une journée de travail pour un manœuvre employé sur le chantier du Washington Monument. Une journée qui dépassait généralement dix heures.

Le choix initial du matériau pour le monument

Le choix de l'aluminium ne s'imposa pas d'emblée. Thomas Lincoln Casey, responsable du chantier, envisageait initialement une pointe en bronze ou une pointe en platine plaquée de laiton. C'est Frishmuth lui-même qui proposa l'aluminium comme alternative, dans une lettre datée du 25 octobre 1884.

Les propriétés et la composition de l'aluminium

Son argumentation reposait sur deux points : le métal conduisait bien l'électricité, ce qui était utile puisque la pointe devait servir de terminaison à un paratonnerre, et il ne se ternissait pas avec le temps, contrairement au bronze ou au laiton exposés aux intempéries. Une analyse citée par le National Park Service a permis de connaître la composition précise de cette pointe : 97,75 % d'aluminium, 1,70 % de fer et 0,55 % de silicium.

Le rôle de Philadelphie dans l'histoire de l'aluminium

Philadelphie, berceau discret d'un exploit métallurgique oublié. William Frishmuth, chimiste d'origine allemande arrivé aux États-Unis en 1855, n'était pas un inconnu dans le milieu de la métallurgie américaine. C'est pourtant cette commande, d'abord presque anecdotique, qui finit par inscrire son nom dans l'histoire des grands monuments américains.

La brève célébrité de l'aluminium

Sa fonderie philadelphienne livra ainsi une pièce qui allait devenir, pendant un temps, l'un des objets en aluminium les plus célèbres au monde. Avant même d'être installée, la pointe connut son heure de gloire à New York. Elle fut exposée, sans autorisation officielle, dans les vitrines de la célèbre bijouterie Tiffany & Co. Les visiteurs venaient l'admirer et, pour s'amuser, sautaient littéralement par-dessus pour pouvoir dire qu'ils avaient sauté par-dessus le sommet du Washington Monument.

La fin de la rareté de l'aluminium

L'ironie de l'histoire tient en peu de temps : à peine deux ans plus tard. Le 23 février 1886, le chimiste Charles Martin Hall mit au point un procédé électrolytique permettant la production de masse de l'aluminium. Le prix du métal s'effondra presque aussitôt, mettant fin à son statut de matériau précieux.

La pointe en aluminium du Washington Monument aujourd'hui

La pointe du Washington Monument devint ainsi, sans le vouloir, le témoin figé d'un moment très bref où l'aluminium rivalisait avec l'argent, juste avant de devenir accessible à tous. Plus d'un siècle plus tard, cette petite pyramide métallique continue de veiller sur Washington, invisible depuis le sol mais chargée d'une histoire que peu de visiteurs soupçonnent.