L’entreprise d’impression française Maury Imprimeur, un acteur majeur du secteur, a engagé une procédure de redressement judiciaire pour son activité principale et des mesures de sauvegarde pour ses filiales, dont Roto France Impression, Key Graphic et Maury Holding. Malgré ces dispositifs, la santé financière du groupe s’est fortement dégradée ces dernières années. L’objectif de la restructuration est de garantir la continuité de l’activité, mais l’entreprise doit désormais faire face à des défis pour préserver son rôle dans l’industrie de l’impression en France, qui couvre les magazines, les publications hebdomadaires et les livres de grande diffusion. Le Tribunal des Activités Économiques de Paris a ouvert une procédure pour le groupe, qui travaille actuellement à un plan de continuation de ses opérations. Maury assure que ses sites industriels fonctionnent normalement et que les commandes en cours sont honorées. Les chiffres financiers de 2025 révèlent un net recul des performances du groupe. Maury Holding, la maison mère, a enregistré un chiffre d’affaires de 104 millions d’euros cette année, contre 108 millions en 2024 et 121 millions en 2022. La rentabilité opérationnelle du groupe est tombée à 1,36 million d’euros en 2025, contre près de 6 millions trois ans plus tôt. Après prise en compte de l’ensemble des charges, l’entreprise a affiché une perte nette de près de 6 millions d’euros, clôturant l’exercice avec un déficit de 3,6 millions d’euros. Ses fonds propres ont également fondu, passant de 48 millions d’euros en 2022 à 27,2 millions à la fin de 2025. Maury Imprimeur, principale entité industrielle du groupe, a vu son chiffre d’affaires chuter à 53 millions d’euros en 2025, contre 59,2 millions en 2024 et 69,3 millions en 2022. Elle a enregistré une perte nette de 3,78 millions d’euros, avec une marge de sécurité financière réduite à 2,29 millions d’euros en fonds propres et 1,17 million d’euros en trésorerie, tandis que sa dette financière dépasse 6,5 millions d’euros. Roto France Impression, autre filiale clé, a également affiché une perte nette de plus d’un million d’euros en 2025, avec un recul de 6,2 % de son chiffre d’affaires par rapport à l’année précédente. Key Graphic, une filiale plus petite spécialisée dans la pré-presse, a été la seule à dégager un bénéfice de 173 000 euros en 2025. Les efforts de restructuration ont débuté en 2024, avec un projet de concentration des activités dans la région du Loiret et un transfert de production de Malesherbes vers Manchecourt. L’objectif était de réduire les coûts liés à l’énergie, au transport du papier et aux charges fixes, dans un contexte de baisse de la demande en magazines imprimés et en prospectus publicitaires. En 2025, l’entreprise avait annoncé un plan de suppression de 52 emplois et de création de huit postes à Manchecourt, mais ce projet a finalement été rejeté. Le syndicat CGT a critiqué la direction, lui reprochant un manque d’organisation et une dépendance excessive au marché des magazines, sans diversification de ses activités. Le syndicat a également accusé l’entreprise de lui demander de taire ses difficultés pour préserver son image publique. Maury a finalisé sa restructuration immobilière en vendant son ancien site de Malesherbes au groupe allemand Garbe Industrial Real Estate en mai 2026. Le site sera reconverti en centre de données, tandis que les équipements et la production ont été transférés à Manchecourt. L’entreprise affirme avoir financé ces changements par ses propres moyens, avec le soutien de ses actionnaires familiaux et sans aide publique. Elle avait toutefois bénéficié auparavant d’un soutien de l’État pour faire face à la hausse des coûts énergétiques. Arthur Rozen, spécialiste des entreprises en restructuration, a été nommé à la tête du groupe. Maury impute son déclin à la digitalisation des médias, à la baisse de la publicité sur support papier et à la hausse des coûts de l’énergie et du papier. Elle estime que le marché français de l’impression industrielle a reculé d’environ 15 % au premier semestre 2026. Maury Imprimeur et Roto France Impression emploient près de 500 salariés et impriment 36 titres de la presse hebdomadaire nationale, ainsi que des millions d’exemplaires de livres de poche et d’autres publications. Le groupe reste l’un des rares en France à maîtriser sur un même site l’impression offset, la reliure et le routage. En cas d’arrêt de ses activités, cela pourrait perturber l’impression de titres à fort tirage, entraînant des retards et une hausse des coûts. L’entreprise souligne également l’impact potentiel de sa fermeture sur la diversité et la liberté de la presse, à l’approche de l’élection présidentielle de 2027. Le groupe appelle ses clients à honorer leurs engagements financiers et à accepter une nouvelle politique commerciale. Celle-ci vise à améliorer la trésorerie en accélérant le recouvrement des créances et en ajustant les tarifs pour couvrir les coûts de production. Le groupe fait face à un besoin en fonds de roulement important, estimé à 24,1 millions d’euros au niveau consolidé et à 13,9 millions pour Maury Imprimeur. Le retard de paiement des salaires d’août a rendu ces difficultés financières plus tangibles pour les employés, qui s’interrogent sur leur capacité à faire face à leurs dépenses quotidiennes. Pierre-Antoine Laporte, président du groupe, s’interroge sur la volonté de la France de maintenir une industrie de l’impression, alors que le secteur traverse une période difficile, avec d’autres entreprises comme le groupe Gibert également en restructuration.