Une étude menée par KPMG et Numeum, intitulée Grand Angle ESN & ICT 2026, suggère que l’intelligence artificielle (IA) est en train de transformer profondément les modèles économiques des entreprises proposant des services numériques et des prestations de conseil en technologies de l’information et de la communication (ICT). D’après les réponses de près de 200 entreprises françaises de toutes tailles, cette recherche révèle que 58 % des dirigeants de ces secteurs anticipent un impact fort, voire disruptif, de l’IA générative et agentive – des formes d’IA capables de créer du contenu ou de prendre des décisions – sur leurs activités. L’étude montre également que 37 % des répondants ont constaté une hausse de plus de 20 % de la productivité de leurs projets grâce à l’IA. Actuellement, l’IA est principalement utilisée pour soutenir des tâches comme la génération de code, de contenu ou de livrables, seuls 11 % des entreprises autorisant l’IA à produire certains livrables de manière autonome. Les clients exigent de plus en plus des gains de productivité liés à l’IA : 75 % des entreprises d’ESN et d’ICT en ressentent la pression, 62 % signalent une demande accrue de conseils en amont des projets, et 33 % subissent des pressions sur les prix. La réponse des entreprises à l’IA varie selon leur taille. Plus de la moitié des grandes entreprises (52 %) ont opéré des changements stratégiques en réaction à l’IA, contre 38 % des entreprises de taille intermédiaire, 32 % des petites et moyennes entreprises (PME) et 30 % des très petites entreprises (TPE). La plupart de ces catégories se trouvent encore en phase d’adaptation, avec entre 57 % et 60 % des entreprises ajustant leurs stratégies. L’impact sur les marges des entreprises est partiellement mesuré : 36 % des grandes entreprises et des entreprises de taille intermédiaire rapportent une légère amélioration grâce à l’IA, et 6 % une amélioration significative. Cependant, 27 % de ces entreprises ne suivent pas cet effet. Chez les PME et TPE, une amélioration nette est observée dans 21 % des cas, mais 42 % ne la mesurent pas. Les marges se sont dégradées pour 8 % des grandes entreprises et des entreprises de taille intermédiaire, ainsi que pour 7 % des PME et TPE, où les investissements dans l’IA ont dépassé les gains obtenus. Charles Mauclair, directeur général de SII France et président du collège ESN et ICT de Numeum, souligne que le secteur reposait traditionnellement sur la mobilisation de personnel qualifié, mais que l’IA exige désormais de créer davantage de valeur avec moins d’efforts humains. Les modèles de tarification sont repensés sous la pression des entreprises « natives de l’IA », c’est-à-dire celles dont les activités sont bâties autour de cette technologie. Deux tiers des entreprises mettent déjà à jour leurs politiques tarifaires, en adoptant des modèles comme la facturation à l’unité de travail ou au forfait (59 %), les abonnements (42 %), ou encore la tarification basée sur la valeur ou les résultats (33 %). Trente pour cent des entreprises n’effectuent pas de changements significatifs à ce stade. À court terme, 37 % des acteurs du secteur estiment que le passage à une tarification basée sur la valeur est le scénario le plus probable. La monétisation des plateformes et des agents d’IA arrive en deuxième position, suivie par la réduction des tarifs journaliers moyens et l’augmentation des activités opérationnelles. De nouveaux concurrents émergent sur le marché : 80 % des répondants considèrent les entreprises « natives de l’IA » à bas coûts comme une menace pour leurs modèles économiques. D’autres préoccupations incluent les clients qui internalisent des projets à l’aide d’outils d’IA (53 %) ou qui conçoivent leurs propres agents d’IA (48 %). Ces nouveaux acteurs introduisent des méthodes de facturation innovantes, comme la rémunération basée sur la réussite des projets. Xavier Niffle, associé du secteur technologique et responsable de l’audit numérique et de l’innovation chez KPMG France, met en garde : le vrai risque pour les entreprises d’ESN et d’ICT n’est pas seulement de perdre en compétitivité, mais de devenir obsolètes sur le marché. Les pratiques de recrutement évoluent également, alors que la demande en conseils en amont des projets s’intensifie. Soixante-deux pour cent des entreprises d’ESN et d’ICT indiquent que l’IA influence leurs politiques de recrutement. Pour 32 % des répondants, cela se traduit par une sélectivité accrue et des attentes plus élevées en matière de compétences liées à l’IA, tandis que 19 % déclarent réduire leurs embauches pour certains postes, et 11 % compensent en renforçant les compétences internes. À l’avenir, les entreprises prévoient de prioriser le recrutement de spécialistes de l’IA (43 %), suivis par des profils capables de faire le lien entre les aspects techniques et commerciaux (42 %) et des professionnels expérimentés (39 %). Les profils les plus expérimentés, comme les architectes et les responsables techniques, sont également recherchés (31 %), tandis que le recrutement de juniors assistés par l’IA est moins fréquent (18 %). Les compétences les plus recherchées incluent l’esprit critique, la validation et la responsabilité des résultats générés par l’IA (39 %), la capacité à cadrer et conseiller au niveau stratégique (22 %), ainsi que la maîtrise des outils d’IA (17 %). Près de la moitié des répondants (47 %) estiment que la maîtrise de l’IA sera une exigence pour les postes de niveau débutant. Quarante-sept pour cent des entreprises décrivent l’impact de l’IA sur le recrutement des juniors comme stable, 22 % signalent un déclin significatif, et 9 % une augmentation. Les 22 % restants n’ont pas encore tranché, leur modèle de recrutement étant en pleine redéfinition. La composition des équipes devrait également évoluer. Trente-neuf pour cent des entreprises d’ESN et d’ICT ne prévoient pas de changement dans leurs effectifs, tandis que 24 % anticipent une baisse du nombre de juniors et un niveau de compétence moyen plus élevé. Seize pour cent s’attendent à une polarisation entre des professionnels très expérimentés et des outils ou agents d’IA. Seulement 5 % envisagent d’embaucher davantage de juniors grâce à l’IA. Les initiatives de formation varient : 20 % des entreprises d’ESN et d’ICT ont plus de 80 % de leurs employés familiarisés avec l’IA générative. Le plus souvent, cette familiarisation concerne entre 10 % et 30 % des effectifs, une situation observée dans 28 % des entreprises. Les formations avancées sur les systèmes d’IA, comme les grands modèles de langage (LLM), la génération augmentée par récupération (RAG) ou les systèmes agentifs, ne concernent que 6 % des grandes entreprises et des entreprises de taille intermédiaire, et 8 % des PME et TPE. Le contenu des programmes de formation dépend de la taille de l’entreprise : les grandes structures et les entreprises de taille intermédiaire privilégient des formations de niveau intermédiaire (62 %), couvrant des cas d’usage, la sécurité et les méthodes. Dans les PME et TPE, les formations de base (outils et bonnes pratiques) touchent 43 % des entreprises, et 16 % se limitent à des sessions de sensibilisation d’une demi-journée à une journée.