Plus d’un siècle après la condamnation de Guillaume Seznec pour meurtre en 1924, deux de ses petits-fils ont déposé une quinzième demande de réhabilitation. L’affaire, qui s’étire sur plus de 90 ans, repose sur des doutes « importants » quant à la culpabilité de Seznec. La requête a été introduite par Denis Langlois, un avocat de 86 ans qui a consacré des milliers d’heures à ce dossier depuis qu’il a présenté une première demande de révision en 1978 au nom de la fille de Seznec. Langlois représente Jean-Yves et Gabriel Seznec, les petits-fils du condamné, et plaide que cette affaire touche à un principe fondamental de la société : le doute doit profiter à l’accusé.
L’affaire remonte au 25 mai 1923, lorsque Guillaume Seznec quitta Rennes en compagnie de Pierre Quéméneur, conseiller général du Finistère, pour effectuer des démarches professionnelles à Paris. Seznec revint seul à Morlaix dans la nuit du 27 au 28 mai, affirmant avoir laissé Quéméneur à la gare de Dreux. Le corps de Quéméneur ne fut jamais retrouvé, et Seznec ne put fournir d’alibi. Il fut entendu 67 fois et confronté à 30 témoins, au cours desquelles il se contredit à plusieurs reprises, mentit et tenta de corrompre des témoins. La découverte de promesses de vente frauduleuses de biens appartenant à Quéméneur, en faveur de Seznec, renforça les soupçons à son égard. Le 4 novembre 1924, Seznec fut condamné aux travaux forcés à perpétuité pour meurtre et faux, sans corps ni aveu. Il passa 20 ans en Guyane avant d’être gracié en 1946 et de revenir en métropole en 1947. Il mourut en 1954.
Au fil des années, plusieurs hypothèses ont émergé pour innocenter Seznec, dont la possibilité que Quéméneur ait été tué par son propre frère dans son manoir de Plourivo ou par un réseau international de trafiquants de Cadillac. Quatorze demandes de révision avaient été déposées auparavant, toutes rejetées, la dernière en 2006. Langlois affirme que « l’on ne peut pas établir l’innocence de Seznec, pas plus que l’on ne peut établir sa culpabilité ». Sa nouvelle requête ne remet pas en cause la condamnation pour faux, mais se concentre sur « un doute important quant à sa culpabilité dans le meurtre de Quéméneur ». L’élément principal à l’appui de cette demande est le témoignage de « Petit-Guillaume », l’un des fils de Seznec, qui aurait confié à trois proches amis, dont Jean-Yves et Gabriel Seznec, avoir assisté à la mort de Pierre Quéméneur en mai 1923 dans la maison familiale de Morlaix. Selon ce récit, Quéméneur aurait été tué accidentellement par Marie-Jeanne Seznec, l’épouse de Guillaume, qui lui aurait fait des avances. Seznec aurait découvert le décès et fabriqué de fausses promesses de vente pour éviter de perdre l’argent versé sous le manteau pour l’achat des biens de Quéméneur.
L’historien Michel Pierre, auteur de L'Impossible innocence (Tallandier, 2019) et qui a eu accès au dossier d’instruction « à charge », juge cette hypothèse « totalement extravagante » et estime que l’enquête a été bien menée. Il ajoute : « À un moment donné, il faut souffler le chaud et le froid. »
Les petits-fils d'un Français demandent la réhabilitation de leur arrière-grand-père condamné pour un meurtre en 1924
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Sources d'origine :
- 🇫🇷BFMTV



