Les conventions de compte courant dans les entreprises ont des implications juridiques et fiscales distinctes, affectant les capitaux propres, le statut de créancier et les règles de remboursement.
Statut du compte courant de l'associé
Le compte courant d'un associé constitue une créance financière sur la société, ce qui fait de l'associé un créancier chirographaire plutôt qu'un actionnaire. Cela signifie que les fonds inscrits sur ce compte ne viennent pas augmenter les capitaux propres de la société et ne confèrent aucun droit de vote supplémentaire.Conséquences juridiques du compte courant
La chambre commerciale a rappelé que l'approbation des comptes par l'assemblée générale n'est pas requise pour le remboursement. Deux situations principales peuvent faire obstacle au remboursement : une clause de blocage spécifique ou l'ouverture d'une procédure collective. En dehors de ces cas, seules les demandes manifestement abusives peuvent être refusées, à condition de prouver une intention de nuire.Conventions réglementées et formalisation
Les conventions de compte courant sont en général soumises à la procédure des conventions réglementées prévue par le Code de commerce. Toutefois, si la convention relève de la gestion courante et est conclue à des conditions normales, elle peut en être dispensée. Une formalisation écrite, précisant les modalités, est vivement recommandée pour protéger à la fois la société et l'associé.Limites à la déduction des intérêts
Le droit commun limite la déduction des intérêts versés aux associés. Le capital doit être entièrement libéré et le taux d'intérêt ne doit pas dépasser le taux moyen fixé par les établissements de crédit. Pour l'exercice 2025, ce taux était de 4,55 %, et il diminue légèrement en 2026. Ces limites sont calculées compte par compte, et il n'existe aucune compensation entre les comptes.Imposition des intérêts pour les associés
Les intérêts perçus par les associés sont considérés comme des revenus de capitaux mobiliers, imposés au taux forfaitaire de 31,40 % en 2026. Un prélèvement de 12,80 % est opéré à la source par la société, avec la possibilité d'opter pour le barème progressif de l'impôt sur le revenu. Pour certains dirigeants, les intérêts sont intégrés à leurs cotisations sociales lorsqu'ils dépassent 10 % du capital social.Inversion du solde et risques juridiques
Si l'associé est débiteur envers la société, la situation relève d'un régime juridique distinct. Les prêts et les garanties consentis aux associés sont interdits par le Code de commerce, et de tels accords sont considérés comme nuls. Cela peut entraîner des sanctions pénales, dont des peines d'emprisonnement et des amendes, et peut déclencher une procédure collective en cas de soupçon de confusion de patrimoines.Traitement fiscal des soldes inversés
Lorsque l'associé est débiteur envers la société, les sommes sont traitées comme des revenus distribués, soumis à l'impôt sur le revenu. La société doit facturer des intérêts sur ces avances, faute de quoi elle pourrait être considérée comme gérant anormalement ses affaires. L'associé est imposé sur le montant, avec une possible augmentation de la base imposable.Abandon d'un compte courant
L'abandon d'un compte courant peut contribuer à améliorer les capitaux propres d'une société. La société traite cet abandon comme un produit imposable, qui peut être compensé par des déficits reportables. Pour les associés personnes morales, de tels abandons ne sont en général pas déductibles, sauf dans des cas particuliers, comme une réorganisation de la société. Pour les personnes physiques non professionnelles, la perte n'est pas déductible du revenu global.Points clés pour les dossiers en cours
Trois éléments sont déterminants pour les dossiers de compte courant en cours : l'existence d'une convention écrite, la libération intégrale du capital et l'incidence du seuil de 10 % pour les dirigeants non salariés. Ces éléments doivent être traités ensemble et avant toute distribution.