Le responsable de la BCE évoque les outils de marché

Emmanuel Moulin, responsable de la Banque centrale européenne (BCE), a reconnu que l'institution dispose d'outils pour faire face aux mouvements désordonnés des marchés susceptibles de perturber la politique monétaire, notamment la possibilité d'acheter des obligations d'État sur le marché secondaire. Il a toutefois insisté sur le fait que ces mesures sont soumises à des conditions strictes, qui ne sont pas remplies à l'heure actuelle, car aucune fragmentation financière n'est observée dans la zone euro. Moulin a tenu ces propos lors d'un entretien à Bangkok, en marge des réunions annuelles du Fonds monétaire international (FMI) et de la Banque mondiale.

Le marché de la dette française sous pression

La France fait face à la méfiance des investisseurs sur le marché de la dette, le taux d'emprunt à dix ans du pays approchant les 5 %, un niveau jamais atteint depuis 2002. Moulin a minimisé le risque pour la stabilité financière, affirmant que le secteur financier, en particulier les banques et les compagnies d'assurance, est solide et peut faire face à la hausse des taux d'intérêt grâce à des niveaux de fonds propres et de réserves élevés. Il a toutefois averti que la principale préoccupation concerne les finances publiques, car des taux d'intérêt plus élevés alourdissent le poids de la dette et rendent plus difficile l'assainissement budgétaire.

Le projet de budget français face à des obstacles

Moulin a souligné la difficulté d'atteindre un déficit de 5 % du PIB dans le projet de budget français pour 2027, actuellement en discussion à l'Assemblée nationale. L'adoption de ce projet semble incertaine, en raison de l'absence de majorité et de l'approche de l'élection présidentielle de 2027. Les tensions actuelles sur les taux obligataires français sont attribuées à l'endettement élevé du pays, aux difficultés budgétaires et aux incertitudes politiques. Moulin a déclaré que la réduction du déficit, qui peut être obtenue grâce à une combinaison de hausses d'impôts et de baisses de dépenses, relève de la décision des parlementaires.

Vive réaction politique contre le responsable de la BCE

Le Rassemblement national (RN) a réclamé la démission de Moulin, l'accusant d'avoir franchi une ligne rouge en suggérant que le budget pourrait être adopté sans vote du Parlement. Moulin avait auparavant évoqué les dispositions de la Constitution française permettant d'adopter un budget sans majorité parlementaire, en référence possible à l'article 49.3 ou au recours aux ordonnances. Cette déclaration a suscité une vive réaction de Jean-Luc Mélenchon, de La France insoumise (LFI).

Moulin défend la neutralité de la BCE

Dans ses déclarations à l'AFP, Moulin a indiqué que la hausse des taux d'intérêt auxquels la France emprunte est principalement liée aux incertitudes entourant le vote du budget. Il a souligné la nécessité d'un budget prévoyant une réduction du déficit afin de limiter le poids des intérêts. Il a toutefois insisté sur le fait que la Banque de France et la BCE ne doivent pas s'immiscer dans la campagne électorale en vue de l'élection présidentielle de 2027. Moulin a réaffirmé que la Banque de France est une institution politiquement neutre, qui rappelle les réalités économiques, comme les effets de la hausse des taux d'intérêt sur les marges de manœuvre budgétaires et sur les finances publiques.